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De la Musique pendant que tu Ecris ?
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Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles...

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AuteurMessage
Néa Allendris
Mercenaire
Mercenaire
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Messages : 53

Feuille de Personnage
Age: 22 ans
Famille/Clan: Mercenaires du Chaos
Nationalité: Alvarienne

MessageSujet: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mer 7 Nov - 16:28

Fiche De Base:
 


****************************


Heeeyyy ! ^^

Je reviens vers vous, suite à la nouvelle Maj du forum, incluant Gwendalavir, et aussi parce que j'avais à la fois envie de changer et marre de Marina, avec qui je n'avais plus vraiment d'inspiration ^^'
Je poste ici, à la suite des commentaires de mon ancienne présentation, parce que ce qui est au-dessus appartient à Marina, mon ancien personnage, dont je voudrais quand même garder une trace ^^

Bref, je vous présente ma nouvelle protégée, j'espère qu'elle vous plaira ! (sinon, je peux toujours m'arranger pour que vous ne voyiez pas le matin, mais quelle gageure ce serait, alors que nous pourrions être amis ! *grand sourire*)




I – Identité

Nom : Allendris
Prénom : Néa
Age: 22 ans (et trois-quart)
Camp : Mercenaire du Chaos (et non pas envoleuse !.. D'ailleurs, pourquoi mettre l'un et pas l'autre, sachant que les envoleurs ne sont qu'une simple branche des Mercenaires du Chaos, au même titre que les mentaïs par exemple, et simplement créés pour singer les marchombres de telle sorte de pouvoir les chasser, pour les recruter ou pour les tuer...)
Nationalité : alvarienne


II – Histoire :
(Oui, en effet, je mets l'histoire avant les descriptions ; eh, c'est mon droit ! Razz)


************************* Enfance & Adolescence *************************

De cette époque-là, j'ai des souvenirs flous, vieillis, presque filigranes...
Non que cette époque soit particulièrement lointaine, mais elle me semble à présent appartenir à une autre vie, voire à quelqu'un d'autre.

La ville s’appelait Al-Chen, le quartier était modeste mais tranquille, mes parents étaient tailleurs de branches et habitaient une jolie maison en bois, dont la plupart avait été sculpté par personne d'autre qu'eux-mêmes. Ils étaient beaux sans être d'une élégance raffinée, le genre de beauté qu'ont les travailleurs. Durs à la tâche, mais doux et compréhensifs avec leurs enfants.
Un jour, un homme était passé à la boutique.

Il parlait d'harmonie, de lumière... et d'une Voie qu'il devait poursuivre.
Il prit sa commande, paya, remercia ma mère, mon père, et repartit. Refusant de le laisser s'en aller sans en savoir plus –j'étais très curieuse et très, très obstinée–, je l'ai suivit alors qu'il partait, sans que mes parents s'en aperçoivent. J'avais seize ans et rêvais d'aventures, d'exploits, d'ombre et de mystères, et je ressentais presque physiquement le mystère qui entourait cet homme.

Cette nuit-là, je l'ai suivit dans les ruelles d'Al-Chen pendant près d'une demi-heure, avant de me rendre compte que je l'avais perdu de vue. C'était trop bête... Je pestai, irritée, quand un bruit me fit sursauter. En à peine un instant, je me retrouvai encerclée d'une demi-douzaine de gamins des rues, sales et belliqueux comme des rats. Je ne savais pas comment réagir face à eux. Heureusement qu'il faisait noir et que mes cheveux étaient courts... je ne sais pas comment ils auraient réagit devant une ville aux cheveux violet... l'étrange fait toujours peur.. la lapidation n'était pas exclue.

Ils me demandèrent si j'avais de l'argent. Je n'en avait pas.
Pas plus que des bijoux. Puis ils me demandèrent mes bottes, mes habits. Je m'empourprai en leur disant que je n'avais que ce que j'avais sur le dos. Ils me répondirent que je repartirai sans, ou bien... la menace était claire.  Je commençai par serrer les poings et grincer des dents. Allais-je vraiment les laisser me dépouiller ?

Puis une lame apparu dans la main du plus proche.
J'aurais pu loucher sur le fil trop aiguisé ; je me contentai de contenir du mieux possible le sang qui affluait vers mon visage, je commençai à enlever mes bottes –en cuir, agrémentée de minuscules œuvres en bois par mes parents, ils venaient de me les offrir, pour mon anniversaire–, puis j'en étais à ôter mon pantalon quand soudain...

Des yeux bleus comme un ciel d'été, une bouche rose parfaitement ciselée, des cheveux longs, souples et châtains qui lui descendaient jusqu'au bas des reins. Un corps ferme, souple, musclé. Elle venait d’apparaître derrière eux comme si elle s'était trouvée là depuis le début. Une petite distribution de coups plus tard, quelqu'un apparu derrière elle : l'homme qu'elle avait suivit.

L'air doux qu'il arborait en permanence avait prit une teinte étonnée.
Il me demanda pourquoi je les avais suivis. Je relevai le menton, –presque– pas bouleversée, et lui parlai des mots qu'il avait prononcé (harmonie, lumière, voie) et des étincelles qu'ils avaient provoqués en moi. Je lui parlai aussi de ma soif d'aventures, de découvertes, d'inconnu. Il eut un demi-sourire avant de me demander de rentrer chez moi, de réfléchir (il avait insisté sur le mot) puis de faire part de ma décision de devenir marchombre à mes parents. Le surlendemain, dit-il, si j'étais toujours décidé, il viendrait à l'aube pour m'emmener à Al-Jeit.

Mes parents ne cachèrent pas leur déception.
Tu es la plus douée des nos enfants dans cet art (bien qu'ils le dirent plus diplomatiquement et pas devant les autres), nous contions sur toi... Mais je ne voulais pas. Ce que je voulais, c'était vivre d'aventures et d'inconnu. La vie d'artisan-commerçant, c'était tentant mais très peu pour moi. Ils comprirent et acquiescèrent, non sans me dire que si jamais je souhaitais revenir, dans un moi, dans un an ou dans dix ans, je serais toujours la bienvenue chez moi. Je ne saurais vous dire comme cela m'a fait chaud au cœur.

Finalement, le surlendemain, j'étais prête bien avant l'aube, sac bouclé sur mes maigres possessions. Pendant quelques heures, j'eus peur qu'il ne vienne pas, et me postai même sur le toit pour le voir arriver de loin ! Mais il fut là à l'aube, comme promit. La jeune fille aux yeux bleus l'accompagnait. Il y avait trois chevaux. Il me sourit et me fit signe ; je souris le plus largement possible –voire un peu plus– et descendis du toit si vite que je manquai de me casser une jambe, puis je me juchai sur un des chevaux et le voyage commença.

L'homme m'emmena à Al-Jeit comme promit.
J'y rencontrai un deuxième homme, drôle, casse-cou et très, très doué. Et pendant deux ans j'ai suivit cet homme, lui ait obéit, n'ai rechigné devant aucun labeur, aucunes épreuves, même idiotes ! (Et quoi de plus idiot que se battre contre un feu comme on le ferait contre un fleuve ? Heureusement que sa pommade pour soigner les brûlures faisait des miracles...)

Une des choses que j’appréciai vraiment fut quand il me montra le chant marchombre.
Cela me fit penser à la manière dont je sculptais les arbres, autrefois, car je m'amusais souvent à chantonner en même temps ; cela m'aidait à me concentrer, mais peut être que cela avait aidé aussi mon "talent" de sculpteur de branches ? En tous cas, j'appris vite à moduler mes cordes vocales, mais surtout ma tête et mon état d'esprit, pour que les êtres et animaux se figent en m'écoutant, pour des durées chaque fois plus longues.

Quoi qu'il en soit, j'avançai, non, je filai rapidement sur la Voie de l'Harmonie.
Je ne comprenais pas tous les concepts, mais j'arrivais très bien à improviser le genre de réponses qu'il attendait, et il paraissait en tirer une grande joie. Cela me consola un peu des mensonges que je débitais sur la lumière et l'harmonie, la lune, la brume et le vent. Quoique mensonges ne soit pas le mot juste, c'est juste que mes mots n'avaient aucune profondeur, ne trouvaient aucun échos en moi.

Il était doué, je le pense vraiment.
Il aurait pu (et il aurait dû) se rendre compte de l'imposture de mes phrases creuses, mais il avait juste choisit de fermer les yeux sur ce que j'étais vraiment, il avait choisit de croire que j'étais parfaite, et que le gouffre qui creusait mon cœur n'existait pas...


**************************** Fin d'adolescence ****************************

Pendant deux ans, je l'ai suivit.
Nous étions souvent avec Merle et Loune –Merle étant le premier homme à m'avoir parlé de la voie, et Loune son apprentie, la jeune fille aux yeux bleus– et nos deux maîtres finissaient presque par nous faire cour à deux. Nous vivions dans une petite maison blottie entre un lac et un bosquet, à mi-chemin entre Fériane et la forêt de Baraïl, où nous allions souvent en expéditions. Loune et moi étions tellement proches, tellement souvent en compétition et tellement souvent ensembles que nous finîmes irrémédiablement attirées l'une envers l'autre.

Dont la conclusion fut ce fameux soir, nous devions être en début de notre deuxième année, nous allions nous désaltérer au ruisseau du bosquet, assez loin de la maison. Je fis une blague qui concernait la journée épuisante que nous venions de passer. Elle rit aux éclats, puis s'arrêta quand elle vit que nous étions si proches... mais ne fit rien pour me chasser. Elle sourit, yeux mi-clos, et nos lèvres se trouvèrent, s'unirent. Mon premier véritable amour, ma première véritable amante. Nous ne nous quittâmes pour ainsi dire quasiment plus de l'année qui suivit.

Puis, au cour de la troisième année...
Nous venions de réussir notre Anh-Ju, nous avions fêté cela en courant jusqu'à ce que mort s'ensuive, ou presque. Puis Loune et moi avions fêté cela à notre façon, le soir ou autant dire, la nuit. Nos maîtres ne nous en parlaient pas, mais j'étais certaine qu'ils savaient –il aurait fallu être aveugle, et c'était tout de même deux marchombres. Ils avaient juste précisé, un jour que nous partions dormir à la belle étoile, qu'ils nous voulaient en forme pour le lendemain.

Quelques jours seulement après l'Anh-Ju, nos maîtres nous parlèrent de nouveau.
Ils nous parlèrent de la greffe –dont ils nous avaient déjà parlé, un peu– et du Rentaï. Ils voulaient que nous y allions, et que nous revenions. Nous hochâmes la tête. J'étais grisée par ce parfum d'aventures, et surtout d'inconnu. J'avais vraiment hâte de me mettre en route.

En y allant, coupant par la forêt –que nous adorions toutes deux– nous avions croisé une route, puis des caravaniers. La tombée de la nuit menaçant, ils nous ont proposé de partager leur feu, et nous avons accepté avec reconnaissance. Il y avait une femme avec eux. Longue et déliée, plutôt fine de traits, blonde aux grands yeux gris, avec deux lames aux côtés, et une dépassant de derrière son épaule. Elle chevauchait avec trois hommes, dont un qui ne la quittait pas d'une semelle. Je me rappelle avoir haussé des épaules imaginaires en songeant "quel gâchis".

Puis nous reprîmes notre route.
La seule difficulté pour arriver jusqu'au Rentaï fut le désert, où nous attendaient des créatures des sables. J'appris bien plus tard qu'il s'agissait d'Ijakhis. Nous n'arrivâmes à les vaincre que lorsque nous comprîmes qu'ils étaient sensibles à l'eau. Puis nous parvînmes enfin au pied de l'immense montagne. Ou plutôt, du massif montagneux. Le Rentaï était bien plus qu'une montagne en effet, "labyrinthe rocheux" semblait une expression bien plus appropriée. Les crêtes, trous, crevasses et ponts aériens sculptés par l'érosion en faisaient une mosaïque magnifique. Et dangereuse.

Nous nous jetâmes un regard et comme le soir tombait, nous décidâmes de camper, blottie au pied des premières roches. Nous passâmes bien sûr la nuit ensemble, comme si nous avions l'impression que ce serait la dernière, et nous endormîmes dans les bras l'une de l'autre. Elle semblait néanmoins ailleurs, comme attirée par cette montagne tandis qu'en moi croissait un sentiment de crainte. Et si il me refusait ? Le Rentaï n'était pas aussi aveugle que mon maître... Dans ma tête, une deuxième voix me souffla qu'une montagne n'était pas omnisciente. Je ne m'endormis pourtant pas la conscience tranquille...

Au matin, nous partîmes chacune de notre côté.
L'impression que je n'étais pas à ma place ici grandissait au fur et à mesure que j'avançais. En même temps que ma propre rage. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, me répétais-je en boucle tandis qu'une litanie de murmures stridents me crissaient aux oreilles. Les muscles crispés, je m'acharnai tout de même à gravir la montagne. Pourquoi ? Parce que j'étais jeune, obstinée et en colère.

À un moment, alors que mes oreilles s'étaient mises à saigner, je me résignai à redescendre.
Je n'étais véritablement pas à ma place ici, autant se le dire tout de suite. La désescalade ne me prit que peu de temps, contrairement à la montée, et je revins au campement, vide, l'esprit à vif et tourmenté. Il avait perçu ma soif de sang, le Rentaï avait perçu le gouffre dans mon cœur. La montagne m'avait refusée. Au fond de moi, j'avais toujours su que c'était invariablement ce qui se passerait dès que j'arriverai ici. Mais au moment de commencer l'ascension, j'y avais cru, j'y avais réellement cru... Jusqu'à ce que ces chuchotements stridents me percent les oreilles.

Je repensai alors à ce dont m'avait parlé la femme blonde de l'autre soir, après que tous se furent endormis. Je me mordis la lèvre. Elle me disais que mon apprentissage n'était pas à la hauteur des capacités qu'elle voyait en moi, encore endormies, et que si je restais là où j'étais, jamais je ne n'avancerai plus loin que ce que à quoi me réduisait mon maître. Et elle me proposait une vie faite d'inconnu et d'aventure. Une vie rêvée. Sur le coup, je n'avais pas répondu. Cela ressemblait trop à une défection, à une traîtrise, pour que j'accepte aussi facilement. Mais à présent...

Lorsque, plusieurs jours plus tard, Loune redescendit, ma décision était prise.
Je ne rentrerai pas avec elle à la maison au bord du lac. Je le lui annonçai. Et resta un moment interdite, avant de grimacer et de me crier dessus
« Et que fais-tu de nous, que fais-tu de ce que nous avions prévu de faire ? Ce n'est qu'une montagne, Néa, qu'une ****** de montagne, ça ne se voit pas ? Et tu vas foutre notre relation en l'air pour ça ? »

Je la regardai avec des yeux pleins de larmes.
« Je n'osais te demander de m'accompagner... Loune, si nous n'avons pas envie de devenir mercenaires ou envoleurs, ce n'est pas grave, à nous deux, nous dominerions toute cette guilde, nous ne recevrions d'ordre de pers... » Mauvais emploi des mots. Une gifle incroyable et inattendue (j'aurais pourtant dû m'y attendre) me percuta juste sur la pommette.

« Non mais tu t'entends parler, franchement, Néa ? ****** de bordel, moi qui pensais que tu étais quelqu'un d'intelligent et d'équilibré, tu n'as que la beauté pour toi, tu n'es... tu n'es qu'une garce à la caboche vide, espèce d'engeance de raï ! »
Une flamme dure s'alluma dans mes prunelles alors j'avais la main collée sur ma joue rouge.
« Répète ce que tu viens de dire.
– Garce à la caboche vide ou enfant de guerrier cochon ? »
Je serrai les mâchoires pour ne pas dégainer mes lames.
« Très bien. Je pars. »
Je pris mon sac et le mis sur mon épaule, mais dès que j'esquissai le geste de me mettre en route, elle se tint devant moi, mains sur les hanches.
« Ce que tu fais s'appelle une trahison, tu dois encore plusieurs mois à ton maître. Je ne te laisserai pas les rejoindre pour vendre les secrets de la Guilde.
– Je ne compte rien vendre du tout ! Mais je serais curieuse de savoir comment tu comptes m'empêcher de partir, crachais-je, venimeuse.
– De toutes les façons à ma disposition.
– ...toutes ? » Je fronçai les sourcils. Irait-elle jusqu'à...
Elle me fournit aussitôt la réponse à ma question en se jetant sur moi.

¤

Loune avait reçu sa greffe. Contrairement à moi.
Mes boyaux se tordirent. Comment avais-je pu me tromper à ce point ? La femme blonde avait eut raison. Je n'étais pas faite pour ça. Pourquoi Loune n'avait-elle pas voulu comprendre et me laisser partir ? Je l'aurais laissé partir, je l'aurais vraiment fait, je ne l'aurais même pas suivie...

Je n'arrivais plus à retenir mes larmes. Loune s'était jetée sur moi.
Elle l'avait sous-entendu, elle l'avait fait. Je n'avais dû la vie qu'à un réflexe incroyable qui m'avait fait me jeter sur le côté. Je m'étais relevé en une seconde. Seconde qui lui avait suffit pour se jeter de nouveau en avant. Même à mains nues, elle était on ne peut plus dangereuse –nous étions toutes les deux des marchombres, ou peu s'en fallait, et donc des armes humaines, même à main nues ; et, dans le cas de Loune, surtout à mains nues.

C'est alors que des lianes de feu étaient sorties de ses mains.
Je n'en avais pas cru mes yeux et avait faillit en rester coi. Une erreur qui aurait pu se révéler fatale. Ce jour-là, j'ai vu la mort de très près. Au lieu de mon cou, la première liane s'est enroulée autour de mon poignet droit, tandis que j'arrivai à éviter la seconde.

Et c'est là que je m'étais retrouvée au corps à corps avec elle.
Là que je lui ai planté ma lame dans l'abdomen. Là que je l'ai entendu suffoquer. Le bruit écœurant du poignard butant contre un os m'a retourné l'estomac. C'était son sang qui abreuvait mes mains. C'était ses viscères que je sentais sur le point de dégoutter de son ventre vers mes doigts. Son ventre si plat, si duveteux, que je m'étais souvent plût à faire frémir du bout des doigts.

La liane me brûlait toujours.
Lâche moi ! Songeai-je, ou feulai-je, je ne sais plus, avant de remonter violemment le poignard vers ses seins si doux, si pleins, que j'avais caressé et embrassé d’innombrables fois, que je connaissais par cœur... Je fis décrire à l'arme une rotation de plus de cent-quatre-vingt degrés. Cela suffit à faire en sorte que sa liane me lâche, mais je réprimai un haut-le-cœur d'avoir dû l'éventrer. Déjà, la liane avait beaucoup perdu de sa puissance, se réduisant à des braises...

Elle m'aimait donc tellement, qu'elle n'aurait pas supporter de me perdre à cause d'une stupide voie... J'enfouis mon visage dans ses cheveux en lui demandant pardon. J'ai passé ce qui restai de cette journée et de la suivante pour lui bâtir un cairn non loin de là, entre deux des rochers du Rentaï, dont elle n'avait pu profiter du cadeau.


****************************** Jeune adulte ******************************

Après ce meurtre, il n'était même plus question de retourner dans les jupes de mon maître.
Certes, j'aurais pu faire semblant, encore une fois, et dire que les êtres de sable l'avait tuée, mais je n'aurais pas pu supporter d'avoir à mentir constamment sur un sujet pareil, et puis, la Voie de l'Harmonie sans Loune n'était plus la même.

J'étais donc retournée dans la forêt que nous avions traversé.
J'avais retrouvée la femme blonde, la... mercenaire du Chaos, à l'endroit qu'elle m'avait indiquée, en précisant qu'elle y resterait trois semaines, pas une de plus. Elle m'a accueillit avec un grand sourire, que je lui rendis, malgré la peine qui pulsait en moi. Elle m'a juste demandé si l'autre apprentie avait essayé de m'en empêcher. J'ai hésité à lui répondre, mais lui ait finalement raconté ce qui s'était passé, lui rapportant même notre conversation. Je ne sais pas d'où venait que je lui faisais autant confiance, mais le fait était avéré.

Elle avait prit un air contrit et soupiré, avant de dire qu'elle était désolée.
Puis elle m'a simplement invité à m'asseoir autour d'un feux de camp avec les autres pour me les présenter, avant de continuer à me parler des Mercenaires. Elle s'appelait Fereïlyn. Je buvais littéralement ses paroles, regrettant par instants de ne pas pouvoir les boire directement à la source...

¤

Plus tard, j'entrai dans le camp des Mercenaires du Chaos, blotti dans le creux d'un immense volcan lui-même blotti au sein de la forêt Ombreuse. Je ne mis pas longtemps pour prendre mes marques. Chez les marchombres, je m'étais très souvent contentée de mon corps pour me battre –poings, mais pas seulement : coudes, genoux, pieds, les armes naturelles ne manquaient pas, et il y avait plusieurs façons – et parfois d'un ou deux couteaux. Chez les mercenaires, j'appris à utiliser d'autres sortes d'armes. Sabres, épées, boucliers, lance, hallebardes, et j'en passe, beaucoup –sans pour autant délaisser, pour ma part du moins, de me battre à mains nues. Ce n'est pas pour rien qu'on disait que les mercenaires du Chaos étaient l'exact milieu entre le marchombre et le guerrier.

¤

Un ou deux mois passèrent.
Un matin, je rejoignais le camp d'entraînement, tôt, comme j'en avais prit l'habitude, pour ne pas y venir quand le lourd soleil plomberait l'atmosphère ; quand j'aperçus une silhouette, que je reconnu au premier coup d’œil. Fereïlyn. Je me rembrunis en découvrant qu'elle était toujours flanquée de son fidèle toutou, un homme nommé Aleryn. Ne serait-ce que voir leurs noms finir par la même consonne me donnait envie de dégobiller.

C'est vrai quoi, ils allaient autant ensemble que... qu'un brochet avec un poisson volant !
Je me contraignis à plus de calme et commençai à me diriger vers les poteaux d'entraînement de bois. Je devais m'entraîner à mains nues ce matin-là. Ils étaient en pleine discussion, et ne semblaient pas me remarquer outre mesure. J'avais entendu dire qu'elle aurait facilement pu faire partie de la section envoleurs, mais qu'elle avait décliné. À vrai dire, j'avais eut le même choix à faire, et... et avais fait le même. Chasser des marchombres... très peu pour moi.

J'enlevai mes actuels vêtements pour ne garder qu'un short et qu'une brassière.
Ce serait mieux pour bouger, et je comptais en faire longtemps, alors autant ne pas risquer de noyer ma peau dans sa propre transpiration. Je commençai par m'échauffer, essayant d'ignorer le ton de dispute qui ressortait de leur échange. Alors que je m'assouplissais les jambes, je crus entendre mon nom, et levai la tête, intriguée.

Deux yeux gris étaient posés sur moi.
Incroyables d'intensité.

¤

J'avais quitté le champ d'entraînement comme si j'avais eut le postérieur en feu.
Sans terminer mon échauffement, et encore moins en commençant mon entraînement –j'avais à peine prit le temps de ramasser mes affaires... Ils n'avaient pu manquer de le remarquer ni l'un ni l'autre, mais qu'avaient-ils pu en penser ? Une voix en moi se mit à frémir de fureur : Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre de ce qu'ils ont pu en penser ? Ce que je veux, moi, c'est qu'ils, et surtout qu'elle me laisse tranquille, j'ai une amante à pleurer !

Mais, bien entendu, le camp mercenaire n'était pas vraiment le lieu idéal pour pleurer, et j'avais d'ors et déjà une réputation à me forger –et elle commençait bien, pas question de l'abandonner au caniveau–, alors qu'on me voit en deuil d'elle, une marchombre... Il n'en était bien sûr pas question. Mais, quand j'étais seule dans ma chambre au mobilier spartiate, le soir, quand je rentrais d'entraînement et que j'avais trop pensé à elle pendant la journée, il m'arrivait de fondre en larmes silencieuses, laissant couler la tristesse accumulée jusque là.

Mais ce soir-là, c'était une autre histoire.
J'avais bel et bien entendu mon nom prononcé un peu trop fort par l'un des deux amants, ce matin-même. Il me restait à rendre une petite visite au couple pour comprendre de quoi il en retournait.

¤

– Eh bien vas-y, annonce-le lui, puisque cela te démange tant depuis ce matin !

Je venais d'arriver, mais je ne comprenais déjà plus rien.
C'était l'abruti qui venait de parler. J'inspirai un grand coup pour ne pas perdre mon calme et voulu entamer le début de mon discourt, mais à peine avais-je ouvert la bouche qu'on m'interrompit.

– Ce que mon ami essaye maladroitement de dire, c'est que je souhaitais te demander de faire équipe avec moi dorénavant. Je sais que tu n'as pas encore d'équipier et je m'étais dit que...

– C'était une ****** d'ironie, enfin ! Tu sais très bien ce qu'est cette fille, Fer', et pourtant, tu veux "faire équipe" avec elle ! Ou tu es devenue folle, ou tu es passée de son bord, ce qui n'est pas mieux !

Je haussai un sourcil. Fer... c'était risible...
Il fallait être un âne pour oser donner un tel surnom à sa petite amie.
En effet, nous n'étions pas nombreux(ses) dans ce cas, mais était-ce une raison pour nous dénier le droit d'exister ? Je la sentis plus que je ne l'entendis grincer des dents et contracter ses biceps. Étant derrière elle, il ne s'en aperçu pas. Peut être que si il l'avait vu, il se serait calmé et tout se serait passé autrement, mais voilà, il ne vit rien. Elle semblait déjà à deux doigts de le gifler. Je repensai à celle que m'avait mise Loune juste avant de se jeter sur moi, et n'osai intervenir.

– Ce que... elle semblait passablement énervée. Ce que je veux te dire, c'est qu'il y a au moins une personne dans cette forteresse qui se souci de toi. Je voulais te dire que je ne t'oubliais pas, et que je ne t'avais pas emmené ici pour que tu stagnes à un échelon qui ne te convient pas, et...

– Mais oui, faites comme si je n'étais pas là ! Ce n'est pas comme si vous en aviez jamais eut quelque chose à f...

On ne sut jamais la fin de sa tirade.
D'un mouvement fluide, Fereïlyn venait de lui planter un long couteau sous la clavicule. Nonchalante, elle le prit par l'épaule pour enfoncer de quelques centimètres de plus la lame dans son cœur. Pour le faire souffrir encore avant qu'il glisse dans son dernier sommeil. Presque contre ma volonté, un demi-sourire me m'étira les lèvres. Elle murmura contre son oreille :
« Tu ne sais pas à quel point. »

Puis elle le laissa retomber.
Et elle se retourna vers moi. Je fixai ses grands yeux gris, toujours prise par ce demi-sourire qui ne voulait pas s'en aller –la vue du sang m'avait toujours plût, je l'avais longtemps caché, mais plus depuis que j'avais rejoint les mercenaires–, puis j'arrivai enfin à l'effacer pour prendre un air sérieux, et commencer ma tirade. À la voir aussi dénudée, inutile de dire que j'allais avoir beaucoup de mal à articuler.

– Je... j'étais venue te dire que je ne pouvais pas... enfin, que... j'étais toujours en... deuil... de... de Loune, et...

Tandis que je parlais, elle s'était rapprochée de plus en plus près, jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de me toucher. Elle était légèrement plus grande que moi, contrairement à Loune qui avait était plus petite et plus fine, ce qui m'obligeait à lever le menton pour lui parler. Menton qu'elle souleva d'une main. Je tentai de me dégager.

– Je ne...

Aussi vive que sensuelle, elle plaqua un doigt sur mes lèvres de son autre main.
C'était fou comme les arguments qui me venaient naturellement, au calme de ma chambre, étaient d'office balayés par sa simple présence. Et encore, elle n'avait pas encore parlé. Mais ce qu'elle était magnifique dans cet habit de cuir gris-noir... et ces armes qu'elle portait auraient fait pâlir un forgeron ! Les plus beaux des ornements qu'une femme pouvait porter, selon moi.

– As-tu vraiment envie de te battre pour décider si oui ou non nous allons faire équipe ensemble ? J'avais la bouche parfaitement sèche. Bon, très bien, sourit-elle –comment aurais-je pu répondre avec ce doigt en travers de mes lèvres ? La gagnante décidera du sort de l'autre. À dans une heure au Cercle, ma belle, et prépares-toi à perdre !

Sur-ce, je me dégageai, tournai les talons un peu sèchement, et la laissai se débrouiller avec son cadavre qui dégouttait de sang sur son lit. Qu'elle ferait changer, je n'en doute pas. Les règlements de compte étaient parfaitement courants, voire quotidiens, dans la forteresse, et tant que la victime n'était pas haut gradée, le meurtrier ne risquait rien ou presque. C'était une des lois officieuses qui régissaient la vie des mercenaires.

J'y repensais en filant le long d'un couloir... "Prépares-toi à perdre"...
Je n'avais pas particulièrement envie de disputer et même de gagner ce combat –à quoi bon le nier, mes missions étaient souvent dangereuses et toujours difficiles, et j'avais besoin d'un équipier, ou d'une équipière– mais quand quelqu'un me disait "prépares-toi à perdre", je n'avais plus de choix à faire, et ferai tout pour lui faire mordre la poussière. Et je pense que ce raisonnement n'était pas étranger à Fereïlyn. Peut être même était-ce la raison pour laquelle elle avait lancé ces mots, à l'envolée. J'eus un sourire sardonique. Fereïlyn, prépares-toi à perdre !

¤

Le Cercle ne faisait pas partie de l'aire d'entraînement.
C'était un bâtiment ovoïdal, et la "scène" circulaire était en quelque sorte prévue pour les duels, ou du moins parfaitement adaptée pour.

[élipse parce que... parce que j'ai la flemme : au bout d'un combat long, exténuant mais "épique" Néa finit par gagner ; mais accepte quand même la mercenaire pour équipière...]


**************************** Présent Proche ****************************

Les années passèrent, mon entraînement se perfectionna.
Gravir les échelons ne me prit pas tant de temps que cela, dès lors que j'eus explosé la moitié des leurs aux entraînements –surtout ceux à mains nues, mais... les autres aussi. Et plus encore lorsqu'ils ont découvert que je possédais le Chant. Cependant, malgré leurs attentes et ma plus ou moins bonne volonté, je ne parvins à l'enseigner à aucun d'entre eux –pas même à Fereïlyn– je finis par leur dire qu'ils ne devaient pas être très réceptifs, et ils partirent, vexés. De mon côté, je tentais d'apprendre la révocation de la lumière qu'utilisaient les envoleurs, mais je ne devais pas être réceptive moi non plus...

Je devins bientôt aussi renommée que certains mentaïs –bon, pas les meilleurs, certes, mais c'était déjà cela. J'avais dix-neuf ans lorsque je montai au grade de sous-officier, il ne me fallut qu'un an pour passer officier, et c'est à vingt-deux ans qu'on me désigna commandante de mon propre escadron. Mais ce n'était pas encore assez pour moi, et c'était ce que Fereïlyn me soufflait dans le creux de l'oreille, chaque nuit. Que j'étais faite pour avoir bien plus...

¤

Et puis il avait fallu qu'un jour tout bascule.
Certains auraient parlé d'intervention divine et dit que je n'avais eut que ce que je méritais ; moi, je préférais parler de malchance. Quelque chose comme un grand coup de malchance, peut être à cause de toute la chance accumulée jusque là. Peut être pas. Les lois qui régissent l'univers dépassent parfois l'entendement des simples mortels.

Mais à la vérité, sans avoir à parler de chance ou de malchance...
La personne qui me poursuivait m'avait tout simplement retrouvée. Le hic ? Je n'étais pas au courant qu'elle m'avait poursuivit tout ce temps –si je l'avais sut, nul doute que je serais allé la trouver pour lui faciliter la tâche... ou pour faciliter celle de nos gracieux envoleurs.

Car celle qui m'avait suivit était une marchombre.
Bref, un jour, elle me retrouva.

¤

Sang. Ténèbres. Douleur.
Un feu qui brûle dans le lointain.
Je marche, ou plutôt j'avance, clopin-clopant, à travers un morceau de forêt.
Une certitude pulse en moi : je vais mourir, là, dans ce coin de forêt minuscule et perdu, au milieu de rien, à l'écart de tout. Au centre de mon univers ravagé par un trou noir dont je ne connais même pas le nom. Je sais juste qu'elle a une longue tresse rouge, des yeux vert-de gris pleins d'une fureur glaciale et de longues lames effilées. Et qu'elle voit dans la nuit. Sans doutes une greffe accordée par le Rentaï... Je me demande si cette montagne n'a pas réellement juré ma perte.

Je sursaute alors qu'une branche craque juste derrière moi.
Dos à un arbre, je me retourne. Personne. Je me raidis. Bien sûr, je me suis faite avoir, par un piège vieux comme le monde. Dans la fraction de seconde-même, mes mains sont ramenées dans mon dos et attachées derrière l'arbre. Abasourdie, aveuglée, blessée, les réflexes émoussées, je ne parvins pas à lui résister, mais tentai tout de même de m'arracher à l'arbre avant qu'elle n'ait lié mes poignets... trop tard. Je ne me débattais plus que faiblement lorsqu'elle vint devant moi.

Sublime et effroyable apparition d'une déesse de la guerre.
Ses habits de cuir noir dégouttant de sang, sa tresse rouge battant ses flans, ses yeux vert-de-gris lançant des éclairs, elle était auréolée de majesté, de puissance, de beauté. Et de mort. Je la regardai sans ciller, les prunelles se consumant de rage à peine retenue.

– Surprise ?
– De ne pas être morte ? Un peu...
– Cela ne saurait tarder.
– J'avais cru comprendre.

Elle sourit, et ce sourire suffit à me tordre les tripes.
Elle les a tous tués. Tous sans exception. Mes combattants d'élite, tout d'abord. Tous tombés sous ses flèches, d'une précision mortelles, chacune avaient trouvé leur cible. La marchombre s'était dissimulée, on ne sait comment, et les avait abattus un par un, sans que nous arrivions à la débusquer avant qu'il ne soit trop tard.

Alors qu'il ne restait plus que Fereïlyn et moi, elle a tranquillement posé son arc et s'est enfin montrée. Sans même avoir besoin de nous concerter, nous avions toutes les deux bondit sur elle, dans un même élan. Il ne lui avait fallut qu'une minute pour me mettre hors-jeu, sans me tuer cependant, tandis que Fereïlyn l'occupait et me hurlait de fuir... ce que je n'ai fait que lorsque j'ai comprit que c'était joué d'avance, et que je ne voulais pas regarder mon amante mourir...

– Je suis la sœur de celle que tu as tué.
Comment savoir de qui elle pouvait bien parler ? J'en avais tué tellement...
– Il va falloir être plus précise que ça, raillai-je, j'ai un tableau de chasse bien garni...

Elle perdit un instant son sang froid et me prit à la gorge. L'air cessa d'alimenter mes poumons, mais je ne perdis pas l'air morgue qui ornait mon visage. Perdre la vie, oui ; perdre ma fierté, jamais. Mes poumons commencèrent à me brûler, mes paupières à s'alourdir, mais je me dis qu'il y avait pire, comme manière de mourir –la torture, par exemple.

Puis elle me relâcha.
J'aurais pu en finir, à force de volonté, et glisser de moi-même dans le sommeil... si j'avais réussit à ne pas avaler cette saleté de goulée d'air. Mais je le fis, le regrettant aussitôt, mais à quoi bon...
– Non, tu ne réussiras pas à me faire te tuer aussi vite, tu ne mérites pas une mort aussi douce. Pas pour ce que tu as fait à Loune.
Mes yeux s'ouvrirent en grand, juste avant que mon masque d'impassibilité reprenne le contrôle de mes traits. Ainsi, c'était sa sœur, elle aussi marchombre... quel hasard..
– Elle t'aimait, cracha la marchombre.
– ET MOI AUSSI, JE L'AIMAIS, feulais-je avec tant de force que je la vis vaciller une seconde, juste avant qu'elle ne se reprenne.
– Ça ne t'a pas empêché de la tuer pour gagner un échelon ou deux dans ta ****** de voie !

Un frisson de rage me traversa l'échine.
– ÇA NE S'EST PAS PASSÉ COMME ÇA ! Grondai-je.
Elle haussa un demi-sourcil, semblant m'inviter à poursuivre. Elle voulait ma version ? Bon, pourquoi pas. Elle n'allait certainement pas me croire, mais tant pis. Je lui narra tout sans omettre un détail, un mot, un souffle de vent. Quand j'eus finit, elle était toujours à la même place, avec la même expression fermée clamant que tout ce que j'aurais pu dire ne l'aurait pas convaincue de me relâcher.

– Et toi, après tout ça, tu as refait ta vie, tu t'es retrouvée un camp pour te battre et une amante à aimer.
Son ton était ironique, comme me mettant au défi de "mentir" encore. Je plantai mon regard dans ses prunelles si claires qu'elles en étaient translucides.
– Oui.
Grimace.
– Tu me dégoûtes. Elle soupira. Même pas capable d'aligner un mensonge cohérent.

À mon tour de pousser un profond soupir.
– Elle m'aimait tant qu'elle n'a pas supporté de me perdre à cause d'une simple voie. Je ne t'ai pas menti, mais crois ce qu'il te plaira. Maintenant, si tu dois me tuer, fais-le et cesses de tergiverser !

J'avais crié les derniers mots.
Ce n'est pas tant que je veuille paraître brave, mais je savais surtout que mon corps n'était pas aussi endurcit à la torture que je voulais le faire croire. Et que si elle posait les bonnes questions, j'aurais beaucoup de mal à cacher que je savais quelque chose... Même si je cacherai volontiers le tout, et en bloc.

Je la vis hésiter.
Aller, ******, fais-le...
Et dans le même temps, j'analysais les blessures qui me couvraient le corps et celles qui feraient le plus de mal une fois torturées. L'estafilade en travers de mes côtes me brûlait, mais n'était pas si profonde que cela, le coup de taille qui m'avait envoyé au tapis, par contre... La blessure qui couvrait mon cou et une partie de mon trapèze allait sérieusement poser problème... Quoique, peut être que j'arriverai à l'agrandir et me tuer sur le coup en me frappant contre le tronc. Je palpai l'écorce avec circonspection. Mmh, cela pouvait marcher, à condition de frapper très, très fort, et je n'aurai pas droit à une deuxième chance...

Faisant semblant d'être à bout de force, je me laissai une poignée de secondes retomber dans mes liens, visage vers le sol...

– Eh bien, la mercenaire, on fatigue déjà ? railla la marchombre qui sembla sortir de sa réflexion.

...puis, d'une formidable poussée, je me cambrai pour propulser l'arrière de ma tête sur l'arbre. Aussitôt, ce fut le noir.

¤

Je repris conscience sur un sol rocheux et humide, les mains liées dans le dos et un bandeau sur les yeux. Je n'étais ni en enfers et encore moins au paradis, mais de retour sur terre. Je serrai les mâchoires pour ne pas demander le coup de grâce –vu son attitude dans la forêt, cela n'aurait servit à rien. Elle dû m'entendre bouger, même imperceptiblement, car un froissement de tissu m'indiqua qu'elle s'était tournée vers moi. Chose incroyable, mon ouïe n'avait pas souffert.

– Tu es d'une démence rare, lança-t-elle.
– Pourquoi suis-je encore là ? fis-je, mécontente. Elle aurait au moins pu m'achever, ou me laisser pour morte. Qu'elle m'ait emmené malgré tout –et soigné ! comme en témoignaient les bandages que je sentais autour de mes flans, de mon cou et de mon trapèze– n'augurait rien de bon...
– Tu es si pressée de mourir ? cracha-t-elle. Je t'ai promis une mort autrement plus longue.
– J'aimerai bien ne pas mourir de vieillesse, quand même, baillai-je pour l'énerver.

Cette fois-ci, elle ne répondit pas à la provocation, ce qui eut pour effet de me mettre encore plus sur mes gardes. Elle avait pourtant eut l'air d'avoir un tempérament autrement explosif, alors quoi ? Elle n'avait certainement pas peur d'une mercenaire réduite à l'impuissance, que me voulait-elle qu'elle n'arrivait pas à obtenir ou demander ?

– Loune a eut une mort rapide, elle, lançai-je.
Un éclair passa dans ses yeux et cette fois, elle se jeta sur moi.
– JE T'INTERDIS DE PRONONCER SON NOM ! hurla-t-elle.
Le sourire narquois qui était apparu sur mes lèvres la fit aussitôt lâcher mon cou, en comprenant que j'avais de nouveau réussit à l'énerver, et qu'elle avait perdu le contrôle encore une fois. C'est en grognant qu'elle reprit sa place. Après avoir laissé filer une poignée de secondes, je me levai sur un coude pour me tourner vers elle malgré le bandeau. Un sourire de mercenaire –fou, dérangé– étirait mes lèvres.

– Aurais-tu peur, petite ?
Elle ne devait pas avoir plus de dix-sept ou dix-huit ans, et cela me permettait de jouer sur notre différence d'âge pour l'asticoter. Je ne pensais qu'à une chose, en finir le plus rapidement possible. Et pouvoir pleurer Fereïlyn à mon aise, que cela se finisse d'une manière ou d'une autre. Je ne vis évidemment pas venir le coup de pied au creux de mon estomac –redoutablement bien placé, ne pus-je m'empêcher de remarquer– tout au plus l'entendis-je au dernier moment, bien trop tard pour avoir une chance de l'éviter.

Un ricanement rauque sortit de ma gorge.
D'autres coups auraient plut si une main n'avait doucement arrêté la sienne.
Je m'étais tue. Pendant un bref, très bref moment, j'avais caressé l'espoir que ce soit Fereïlyn. Avant que l'absence de lutte ne soit évidente.

– Euh, je... je suis désolée... commença ma geôlière.
– Ne le sois pas, lui répondit une voix douce. Tu vas m'expliquer cela dehors. Mais en premier lieu...

J'avais roulé quelques mètres plus loin, me cognant à un rocher pour le plus grand bonheur de mes côtes endommagées, et me relevai avec difficulté, mains toujours liées mais cette fois au moins faisais-je face à mes ennemis. Mais bordel de bordel, mais pourquoi ne m'avait-elle pas tuée plus tôt ? Maintenant, son maître allait avoir des tas de questions à ajouter aux siennes... avec des lames beaucoup plus aiguisées... et la connaissance des points faibles ou sensibles du corps humain.

******... j'avais dix fois les compétences pour tuer cette gamine, alors comment m'avait-elle mise au tapis aussi facilement ? Quand à Fereïlyn, elle était tellement plus forte qu'une simple apprentie marchombre !

Fereïlyn...
Penser à elle me tordit les boyaux aussi facilement et douloureusement qu'une pince chauffée au rouge. Je brûlais envie de leur poser la question, mais cela ne collait pas avec l'impassibilité –agrémentée d'un grain de folie– que je me plaisais à leur servir. De toutes façons, il y avait très, très peu de chances pour qu'elle s'en soit sortie. Moi-même n'avait dû ma "survie" qu'à son envie de réponses.

Il était derrière moi.
Seul un frisson dans l'air me permit de le sentir.
La tentation de plonger au sol fut grande, surtout que j'avais encore le temps, mais je baissai au contraire légèrement la tête, exposant ma nuque. Le bon professeur voulant faire preuve de pédagogie envers son élève me tuerai sur-le-champ, proprement. Le noir qui m'étreignit avait un goût d'inconnu...

¤




[fiche trop longue, selon eux ! pff !]


Dernière édition par Néa Allendris le Dim 15 Sep - 10:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Dim 15 Sep - 9:09


¤


J'en avais marre, mais marre de me réveiller entravée... de me réveiller tout court !
Je relevai légèrement la tête. Au moins n'avais-je plus de bandeau... Mais où avais-je bien pu me retrouver... J'ouvris les yeux en grand, entrouvrant bêtement les lèvres. Ces cachots... Non, c'était un cauchemars, j'allais me réveiller ! Les seuls cachots que je connaisse à avoir pu bénéficier d'un tel système de barreaux... Enfermer des gens comme nous ne rimait à rien, puisque crocheter les serrures était le quotidien de nombre d'entre nous. Alors n'y en avait tout simplement pas.

Seuls deux prisons à ma connaissance bénéficiaient d'un système de sécurité pareil.
Les cachots de la Guilde Marchombre et ceux du Palais Impérial. Dans un cas comme dans l'autre, j'étais finie, terminée. N'ayant même pas la force de pleurer, je m'assis sur mon séant. Je n'avais plus ma souple et légère armure de cuir, mais une chemise déchiquetée et un semblant de pantalon poussiéreux et moisi.

Putains de marchombres.
'Pouvaient pas se satisfaire de ma mort ?
"Je t'ai promis une mort autrement plus longue."
Je pris ma tête entre mes mains. Cette fille de raïs d'apprentie marchombre avait tenu parole... Je laissai mes bras retomber, m'assis en tailleurs, fermai les yeux et attendis.

Mais ils ne furent pas bien longs.
Des pas résonnèrent dans le caveau humide qui me servait de prison.
S'arrêtèrent devant ma cellule. Je rouvris les yeux. Et serrai les mâchoires. Des marchombres. Des putains de marchombres. C'est alors qu'un déclic se mit en place dans mon cerveau. À la forteresse, on m'avait dit que les mentaïs étaient en train de mettre en place un nouveau dessin dans les esprits de tous les mercenaires, qui les empêcherait de dévoiler quoi que ce soit même si ils le voulaient. C'était il y a quelques mois, mais j'étais à peu près sûre que c'était terminé, ou presque. Je voulais le croire du moins.

Trois personnes, trois marchombres.
J'aurais voulu croire que j'avais ma chance contre eux.
Mais c'était totalement faux.

¤

Bientôt, je me retrouvai dans une autre salle, suspendue par les poignets à un mur qui avait beaucoup et longtemps connu le goût du sang, et que les lavages à grande eau n'avaient pu effacer.

– Tout porte à croire que tu étais haut-gradée, nous n'allons pas te tuer de si tôt... mais crois-moi si je te dis que nous ne serons pas plus indulgents parce que tu es une femme.

Je haussai les épaules, prouvant si besoin était que je n'avais que faire de leur indulgence. Je desserrai finalement les lèvres pour une question :
– Qu'est-ce donc qui porte à croire que je suis haut gradée ?
– Tu étais à la tête d'une escouade d'élite. Tu avais sous tes ordres pas moins de trente hommes, et faisais équipe avec une...
– Avec la plus merveilleuse des femmes, QUE VOUS AVEZ LÂCHEMENT ASSASSINÉE ! feulai-je, n'arrivant pas à supporter qu'ils parlent d'elle.

Un silence suivit ma remarque.
Je me demandais si ils allaient me punir pour leur avoir répondu, quand je compris qu'ils étaient tout simplement en train de... ricaner ! Je levai les yeux au ciel, désabusée. Ces marchombres... ils se disaient épris de liberté mais étaient au final moins libres qu'il était possible dans leurs esprits étriqués. Suivirent bien sûr un tas de blagues et d'exclamations qu'ils trouvaient au fur et à mesure sur les homosexuelles.

Je décidai de fermer mon esprit à cela.
Ça ne servait à rien d'écouter des insanités pareilles...
Malgré tout, mes pensées dérivèrent jusqu'à Fereïlyn. Je la vis, non pas comme je l'avais vue, haletante, échevelée et couverte de sang, dans ses derniers instants, mais belle, alanguie, voire nue, comme je l'avais si souvent dévorée des yeux, me gorgeant de la vue de ses courbes voluptueuses, de ses cheveux de miel descendant en cascade quand elle les libérait de la tresse dans laquelle elle les emprisonnait...

Les tortures finirent ainsi, sur une image de Fereïlyn dansant derrière mes paupières.
Questions, interrogations, exclamations, blagues salaces, j'avais été sourde à tout. Et muette, les fixant de ce regard qui pouvait signifier à la fois rien et tout tandis qu'ils me torturaient, bougeant à peine, perdue –volontairement– au plus profond de mon inconscience, au plus loin possible de mes pensées..

¤

Plusieurs semaines passèrent sans que j'en ai véritablement conscience.
Un jour, même, ils tentèrent des "tortures" d'un autre type. Je n'avais pas peur des hommes. Mais je ne les désirais pas. Ils me dégoûtaient. Tout comme me dégoûta l'effraction entre mes jambes de ces hommes-là. Je m'enfermai plus loin encore dans les coins les plus secrets de mon esprit pour ne pas avoir à les entendre, à les voir, à les sentir me toucher...

Un soir, ou un midi, ou un matin, je n'en savais rien, bien sûr ; je palpai les blessures que m'avait infligées Grive, il y a une ou deux éternités, pour voir où en était leur cicatrisation. Mais elles avaient tout simplement disparues. Je grimaçai. Maudis anticorps trop performants, même dans ce caveau à rats... malheureusement, je n'avais aucunes chances de ce côté-là pour mourir d'infection...

Je soupirai et me roulai en boule contre un des murs pour tenter de dormir.
Et comme d'habitude, de longues heures passèrent sans que je sois en mesure d'y parvenir. Quand finalement j'allais sombrer dans le sommeil, un bruit de pas dans le couloir me fit sursauter. Puis je haussai les épaules en me traitant d'idiote. Ça n'était pas un de mes tortionnaires, et encore moins quelqu'un venu me porter le coup de grâce, alors à quoi bon m'en soucier...

Je reposais ma tête contre le mur quand j'entendis les bruits de pas en question s'arrêter devant ma cellule. Je ne me levai même pas, indifférente, et c'est à peine si j'ouvris un œil. Qu'est-ce qu'il me voulait, ce gus ? Légèrement agacée, je le détaillai pourtant, toujours d'un œil. Il était vêtu d'une immense cape à la capuche si profonde que je ne voyais pas le moindre de ses traits. J'ouvris finalement le deuxième œil, à-demi intriguée.

– Lève-toi. Et dépêche-toi.

Je clignai des yeux.
L'emprisonnement et la torture avaient émoussé mes réflexes physiques...
...et on aurait pu croire que ceux de mon esprit également. Mais il n'en était rien.
J'avais le choix entre continuer à moisir ici ou prendre le risque de me faire tuer dans les prochaines minutes. Et prendre un deuxième risque, qui celui-là était d'être libre dans les prochaines heures. Et de pouvoir venger Fereïlyn dans les prochaines années, voire les prochains mois. C'était faux, bien sûr : je n'avais pas le choix.

Je me levai douloureusement, mais –je l'espérais–, dignement.
Une question me trottait dans la tête : comment comptait-il me faire passer les barreaux ?
Certes, j'étais fine, et mon emprisonnement n'avait rien arrangé, au contraire, mais si j'avais pu passer, nuls doutes à avoir, je l'aurais fait –même sans avoir aucunes chances de sortir d'ici, au final. L'inconnu posa simplement ses mains sur deux des barreaux. Une intense chaleur et une lumière rougeâtre s'échappa de l'acier, qui se mit à fondre sur place. Il répéta l'opération un peu plus bas, avant de s'écarter, pour me laisser la place. Je n'hésitai pas une seconde, et traversai le maigre mais providentiel espace.

C'est en voulant sortir de ma cellule que je m'aperçus que mes jambes flageolaient, et bientôt refusèrent de me porter. Elles étaient en outre fatiguées de ne pas servir, mais surtout des estafilades et brûlures encroutées qui les recouvraient... Je tâchai de me tenir à un mur pour avancer, mais j'allais aussi vite qu'une limace. Je serrai les dents, en colère contre mon propre corps ; j'étais devenue une vraie loque... L'inconnu ne soupira pas, ne montra aucuns signes d'agacement ou d'impatience, ne pipa même mot ; mais passa un bras sous mes genoux et un autre sous mes épaules, et me porta ainsi le long de l'étroite galerie rocheuse qu'il nous faisait emprunter.

Bientôt, nous fûmes à l'air libre.
Largement cachée par la cape de l'inconnu, je ne vis pas grand chose du chemin que nous prenions, mais il faisait nuit, et bientôt nous sortîmes de la ville, juchés sur un grand destrier couleur nuit. Adieu Al-Jeit, adieu Guilde Marchombre, tu ne me manqueras pas. Et presque malgré moi, je fermai les yeux et glissai doucement dans un sommeil sans rêves, bercée par le galop du coursier...

¤

Je me réveillai, pour une fois ni entravée, ni aveuglée.
Et, chose incroyable, je n'avais... ni franchement froid, ni vraiment chaud... Juste bien.
C'était une sensation qui m'était devenue étrangère, entre mon cachot froid et humide et les fers chauffés au rouge des tortionnaires. J'ouvris lentement les yeux, et aperçus tout d'abord les braises rassurantes d'un feu. Puis je levai les yeux et fixai le ciel et son infinité d'étoiles. Un bruit de l'autre côté du feu me tordit le ventre, avant que je ne me souvienne de l'inconnu, de mon... sauveur... de mon évasion qu'il avait organisé et la manière dont nous avions quitté Al-Jeit.

Je fronçai les sourcils, avant de tenter de me lever.
Mes jambes ne répondaient pas, pas plus que la plupart de mes muscles... je me laissai retomber là où je m'étais endormie, en remarquant au passage la lourde fourrure blanche dont on m'avait recouverte. Ça avait été au moins un ours des neiges, ça... Soudain, l'inconnu fut là, très proche, trop proche. Je ne l'avais pas entendu se déplacer, pas plus que je ne l'avais vu arriver. Il se pencha vers moi...

C'est alors que je remarquai les longs cheveux noirs qui dégoulinaient en vagues de sa capuche. Bien trop longs et soyeux pour être ceux d'un homme, si ? Et... et des yeux vert-de-gris... presque translucides. Je sursautai et tentai de m'éloigner le plus possible de lui, d'elle, enfin qui que cette personne fut ! Mais avec mes muscles dans cet état, je n'allai pas loin et ne fis que m'écrouler dans la fourrure d'ours...

– T... toi ? soufflai-je, terrorisée. Mais p... POURQUOI ?

Ma voix s'était brisée sur la dernière syllabe.

– On se calme. Je ne suis plus la même, d'accord ? J'ai changé d'avis, ou plutôt on m'a fait changer d'avis. Et c'est la même personne qui m'a envoyé te récupérer. Cela dit, j'y serais allé même sans ordres, je... je regrettais d'avoir laissé mon ancien maître t'envoyer te faire... torturer à mort, là-bas. Tu ne méritais pas tant.

Elle reprit une longue inspiration, comme si ces quelques phrases avaient suffit à lui ôter tout ce qu'elle avait de souffle. Le mien était... n'était même plus.

– Je... suis désolée, c'est ce que je voulais te dire. Et aussi que j'ai finit par comprendre, pour Loune... comprendre que tu ne mentais pas pour sauver ta peau...

Je restai silencieuse, tellement abasourdie que je n'arrivais plus à aligner deux pensées cohérentes. Cette garce... c'était cette garce qui m'avait sauvée la vie ? Et sur ordre de quelqu'un, d'un... mercenaire ? Tout ce que j'arrivai à murmurer fut :

– Laisse-moi...
– Quoi ?
– Laisse-moi...
– Mais...
– LAISSE-MOI LA PLEURER ! criai-je.
– Tu... fit-elle en amorçant un geste de recul, sourcils froncés dans un air de pitié.

Mon regard, haineux au possible, suffit à la faire taire.
Elle l'avait tuée, elle avait tué Fereïlyn. À force de penser à elle, j'avais finit, après avoir tant et tant invoqué son image lors de mon emprisonnement ; je n'en pouvais plus, il fallait que je prenne enfin le temps de la pleurer. Que je la laisse partir... Je hurlai soudainement, puis me recroquevillai. Réplique quasi-exacte des gestes que j'avais eut après avoir enterré Loune dans le désert. Je passai le reste de la nuit à pleurer, silencieuse, dans la fourrure blanche qui accueillit mes larmes.

Au matin, l'ex-apprentie marchombre ne dit pas un mot, mais entreprit de ranger le camp.
Je restai là, immobile, assise dans la pelisse, les yeux dans le vague, muscles toujours transits, et pas de froid. Je ne devais pas peser beaucoup plus qu'un chaton, et la jeune fille me souleva sans efforts pour me mettre sur la selle de son cheval, montant juste après. Elle avait roulé la fourrure pour la ranger mais m'avait à la place enveloppée dans sa propre cape, immense, qui aurait été rassurante sans l'odeur dont elle était imprégnée. L'odeur de cette fille qui chevauchait derrière moi. Qui pouvait tout aussi bien être en train de m'emmener dans une grotte à l'écart pour cette fois pouvoir me torturer, elle-même et à son aise, après avoir filé un tissus de mensonges.

Mais je n'avais plus la force de lutter. Qu'elle fasse ce qu'elle a prévu.
Elle était de loin plus forte que moi lorsque j'étais en pleine forme, alors dans cet état...
Mais nous passâmes bien au sud d'Al-Chen, sans dévier, et fûmes au bout d'un jour ou deux de voyage en vue d'Ombreuse. J'eus le sentiment qu'elle évitait de faire trotter sa monture pour épargner mes blessures qu'elle avait, pendant mon sommeil, de nouveau soignées et bandées de neuf... mais peut être me faisais-je des idées.

Nous entrâmes enfin dans Ombreuse, et serions dans quelques heures en vue du cratère du volcan... Mais avais-je envie de réapparaître ainsi vêtue, avec des bandages plein le corps et les habits d'une prisonnière ? Avec la réputation que j'avais tenu à me construire, pierre par pierre ? Pour la première fois depuis le premier jour du voyage, je desserrai les mâchoires pour articuler quelques mots d'une voix rauque mais ferme :
– Fais-moi descendre... s'il te plaît.

Si elle fut surprise, elle n'en laissa rien paraître, et arrêta simplement son étalon.
Elle descendit, puis voulu m'aider à faire de même, mais je refusai son aide et descendis... ou plutôt fis une chute plus ou moins contrôlé à bas de sa monture –par trop immense. Là, je tentai de marcher normalement, et vis que j'y arrivai à peu près, bien que d'une démarche un peu raide. Alors, je reportai mon attention sur la jeune fille, qui attendait patiemment, bras croisés sur sa voluptueuse poitrine. J'hésitai un instant avant de lui demander, mais qu'y pouvais-je...

– Tu n'as pas d'autres affaires ? fis-je d'une voix rauque. Je ne me vois pas arriver dans cette tenue au conseil de la section quatre, et depuis le temps, mes affaires ont dû être...

Je n'arrivai pas à finir ma phrase et détourna les yeux, presque boudeuse.
C'est avec un sourire en coin que l'ex-marchombre s’exécuta en sortant de ses fontes une jolie robe blanche. Je grimaçai.

¤

Je reposai... Non, je n'avais pas de sac ni rien qui y ressemble, suis-je bête.
Je posai simplement la grande cape de Grive sur le lit qui avait vu la mort d'Aleryn ; entre les quatre murs de la chambre où j'avais vécu ma passion avec Fereïlyn ainsi que la troisième partie de ma vie –la première étant Al-Chen, la seconde mon apprentissage marchombre– ; songeant à la quatrième qui commençait aujourd'hui, tandis que je ne savais pas très bien si je devais avoir peur ou non des couleurs qu'elle risquait de revêtir...

Je frissonnai et me passai une main sur les yeux.
Bien sûr, on m'avait promit de me rendre toutes mes affaires... toutes celles qui n'avaient pas été jetées ou détruites du moins. C'était comme ça, ici : si on devait s'attarder sur chaque mercenaire qui mourrait ou disparaissait, on n'en finirait pas. Et étant portée disparue depuis plus de deux mois, au bout d'un seul mes affaires étaient déjà jetées ou données. J'eus un petit sourire en songeant qu'on me rendrait mes armes, rangées à l'armurerie ; c'était déjà cela.

Repenser à Fereïlyn me replongea dans l'état que je n'avais pas quitté depuis la nuit où j'avais jeté mes quatre vérités à la figure de Grive ; qui le méritait. Qui méritait même bien pire pour l'avoir tuée, elle et les trente hommes et femmes placés sous ma responsabilité. Je serrai les poings. Ce n'était pas sa récente transformation en mercenaire du chaos qui me ferait abandonner l'idée de venger mes morts.

À peine quelques minutes plus tard, quelqu'un toqua à ma porte.
Un « entrez » résonna en réponse dans la pièce désespérément vide, parole dont je regrettai le ton jusqu'au moment où la-dite personne entra. Grive. Aussitôt, mes dents se serrèrent d'elles-mêmes, grinçantes, et, si quelqu'un avait été assez fou pour m'approcher dans cet état, nul doutes qu'il aurait pu aiguiser le fil d'un couteau sur la ligne de ma mâchoire.

Mais personne n'était assez fou pour faire ça, même l'ex-apprentie marchombre, qui se tint prudemment à distance tandis que je lui lançais le regard le plus mauvais et agressif de ma collection –pourtant bien garnie. Elle croisa les bras comme pour dire qu'elle ne me craignait pas pour autant, souriant quant-à-elle, et me lança simplement :
– Quelqu'un veut te voir. Tu ferais mieux de venir. Rapidement.

Haussement de sourcil surprit.
Qui était-il pour envoyer en guise de laquais –sans compte une personne qui s'avère être une ex-marchombre et ma pire ennemie– une mercenaire aussi forte ?
Sûrement celui dont elle avait parlé...
Qui lui avait "ouvert les yeux".

¤

Il possédait l'un des derniers bureaux réservés aux mentaïs, dans les hauteurs de la Tour.
Et donc l'un des plus importants parmi les plus importants. Le genre de type donc, qui pouvait vous écraser sans lever le petit doigt, et qui avait beaucoup de moyens fâcheux de vous faire du mal, et bien autrement qu'en vous tuant. Le genre de type dangereux. Et qui, pour être monté aussi haut, en avait parfaitement conscience. Je ne me démontai cependant pas et le regardait sans baisser un instant les yeux, bras croisés sur ma poitrine –bardée d'une armure de cuir couleur cuivre, mal ajustée, que l'armurerie m'avait donné en attendant que j'en retrouve une.

Ce qui n'avait pourtant pas l'air de l'énerver.
Il me sourit, d'un sourire amical, chaleureux, comme si nous étions déjà les meilleurs amis du monde. Il avait de courts cheveux bouclés, blonds, et deux yeux verts émeraude, profonds, bien trop profonds, et secrètement scrutateurs pour qui savait regarder. Un regard glacial dont son sourire amical n'arrivait pas à effacer le malaise.

– Ici, on m'appelle Varen. Vous avez sans doutes déjà entendu parler de moi. (c'était bien le cas) C'est moi qui vous ait fait sortir de ce trou à rats, sourit-il, un peu comme si il était très fier de son coup.
– Il me semblait que c'était Grive, fis-je d'une voix monocorde, dénuée de ton et, semblait-il, d'âme. Il grimaça, ce qui me sembla une petite victoire.
– Sans moi, votre... amie (Si j'avais intérieurement tiqué sur le mot "amie", je fis en sorte de n'en rien laisser paraître.) n'aurait sans doutes réussit qu'à se faire prendre à son tour... Mais, pour vous le prouver, je peux également vous y renvoyer. (Mon cœur rata un battement. M'y renvoyer... Je serrai les mâchoires et tins ma langue rien qu'au souvenir de ce qu'on m'avait fait endurer là-bas. Mais s'il pensait que me menacer était une solution, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu'au coude.) Mais nous n'allons pas envisager des perspectives aussi fâcheuses alors que nous pouvons trouver l'un et l'autre des arrangements beaucoup plus enviables. Surtout car nous avons en réalité besoin l'un de l'autre pour avancer. Pour survivre.

Sa dernière phrase réussit à étirer sur mes lèvres l'ombre d'une esquisse de sourire.
Survivre était mon domaine à moi. L'avait été, devrais-je dire, du moins avant que ma route ne croise pour son malheur celle de la sœur de Loune. Je plissai légèrement les yeux. J'avais déjà reçu des invitations de nombre de mentaïs, attendant de trouver le meilleur protecteur possible. Il était évidemment au courant. Si ce qu'il avait à me proposer ne m'allait pas et qu'il menaçait quand même de m'y renvoyer, il me suffirait de recontacter l'un d'eux, qui m'engageraient certainement sans poser plus de questions que cela, trop content que j'ai changé d'avis...

Dans la théorie.
Car dans la pratique, rien ne l'empêcherait de faire pression sur le mentaï –ou autre qui serait du même niveau– que je choisirai comme protecteur. J'étais là, louve blessée, attendant de se remettre sur ses pattes, devant un des chefs de l'immense meute. Non, pire, devant un ours. Un prédateur contre qui je ne pouvais rien toute seule. Rien tout court, en fait. Et un prédateur qui malgré tout me tendait la patte. Pourquoi ? Devant mon silence prolongé, il reprit :

– Vous bénéficiiez d'une bonne réputation, ici, avant votre emprisonnement. Vous n'étiez pas pour autant populaire, mais les mercenaires connaissent votre nom et vos exploits, notamment au cairn des épines.

Je haussai un sourcil. Tout le monde s'en foutait, de ce tas d'os et de la position que j'avais fait tenir à mes troupes dans ce dédale totalement percé... Par contre, une tête si haut gradée et qui n'était encore sous le chapeau d'aucuns protecteurs avait peut être attiré l'attention, voire la sympathie des mercenaires moyens. J'aurais pu l'utiliser pour jouer au mentaï, mais je ne m'étais pas sentie prête à prendre le risque d'entrer dans leur monde de manipulations. J'avais peut être eut tord... ou non ; en tous les cas, c'était trop tard.

– Mais, qu'attendez-vous de moi exactement ? demandais-je, intriguée. Certains protecteurs posaient des conditions assez grotesques –comme 50% ou 60% du pillage, des choses dans le genre, que je n'aurais jamais accepté ; l'or es le nerf de la guerre après tout, surtout politique– , et je ne souhaitais pas être flouée. Mais surtout, ce que je voulais avant tout, c'était ma liberté. Je n'étais à la botte de personne et encore moins d'un vulgaire mentaï.

– J'aimerai que nous fassions équipe. Je vous propose de vous protéger ici, de nos congénères qui peuvent s'avérer... belliqueux, ou ambitieux, et de m'arranger pour vous fournir des missions qui vous permettront de briller encore plus, aux yeux de vos subordonnés mais aussi à ceux de vos supérieurs... et aussi tout le matériel dont vous avez besoin, armes, armure, destrier ; et en échange, vous arborerez un simple blason, qui signifiera que vous êtes sous ma protection et mon association directes.

Et si ma réputation grandit comme vous l'espérez, la gloire en rejaillira sur vous, et votre puissance augmentera, aussi –augmentera rien que si j'accepte, d'ailleurs. Mais la proposition était alléchante. Ce mentaï avait besoin de moi, et moi j'avais besoin de lui et de ce qu'il avait à m'offrir. Cependant son offre était on ne peut plus honnête pour un mentaï. J'eus une ombre de sourire en tendant la main devant moi, avec un simple
« J'accepte » . Il la serra avec autant de chaleur qu'un mercenaire du chaos pouvait en avoir, toujours avec ce sourire amical auquel je ne risquais pas de me faire prendre.

Je lançai un regard glacial à Grive.
Le premier, alors que je l'avais parfaitement ignorée depuis que nous étions entrées dans cette pièce. Elle était rapidement devenue l'âme damnée de cet homme, mais pour quelles raisons ? Elle n'a pas pu monter aussi vite en grade pour qu'il la prenne d'office sous sa protection ; non, il y avait autre chose... puisque c'était sans doute la mystérieuse personne dont elle parlait l'autre jour, celle qui lui a "ouvert les yeux", à bien y réfléchir, il était sans doutes son amant.

– Une minute, Néa...

Je serrai les dents.
C'était trop beau, il avait bien sûr oublié quelque chose...
Mais le regard qu'il me lançai était tout sauf contrarié. Je haussai un sourcil en répondant d'un
« Oui ? » intrigué.

– J'ai apprit, entre autre par la demoiselle derrière toi, dans quelles circonstances tu nous avais finalement rejoint. Le Rentaï est une montagne mais elle voit mieux que bien des hommes... les voies sont très proches, le seul problème est qu'elle aide le mauvais côté. (je fronçai les sourcils ; où voulait-il en venir ?) Néa... Si c'est la Greffe que tu désirais, je suis en mesure de t'en donner une. Un dessin éternel qui prendra racine dans ta chair et se prolongera dans l'Imagination. Tu as le droit de refuser, dis-moi juste si tu es d'accord ou non.

Je clignai des yeux.
Plusieurs fois. Il me prenait totalement au dépourvu.
J'avais fait une croix sur la greffe depuis bien longtemps, alors qu'on me la propose ainsi était au-delà de ce que j'avais imaginé en me réveillant ce matin. Je fermai les yeux, inspirai... les rouvrit. Des larmes y étaient légèrement visibles. Elles appartenaient à Loune.

– Vous m'avez percée à jour. C'est une des choses que je désire le plus au monde. (légère pause) J'accepte...

¤

Le lendemain, je revins le voir.
Il n'était plus dans son bureau, car c'est dans un petit dojo d'entraînement qu'il avait fixé rendez-vous. Grive n'était pas là, ce qui m'enleva un poids des épaules. Il s'assit par terre, en tailleur, et je fis de même. Puis il commença. Il me posa beaucoup de questions, sur moi, sur ma manière de me battre... Je répondis au mieux, et bientôt il me remercia et se tu. Il ferma les yeux, et je devinai qu'il s'était glissé dans les Spires. Je ne le dérangeai pas.

¤

Longtemps après, il rouvrit les yeux.
Je ne m'étais aperçue d'aucuns changements, et je fronçai légèrement les sourcils.
Le mentaï avait-il échoué ?... Mais le sourire qui étirait ses lèvres me détrompa, juste avant ses mots, certes sibyllins, mais non moins intéressants :

– Te voilà dotée d'une arme dont bien des guerriers ne font que rêver, sourit-il largement. Utilise-la, bien... ou mal ; mais n'oublies pas que tu es seul maître de ton destin. Même mes ordres, tu pourras les contester, même Grive, tu pourras la renier. Mais n'oublies pas qui tu es, ce que tu es et figure-toi d'abord ce que tu veux devenir avant de tracer ta route. Bonne chance...

Il s'apprêtait à partir...

– Attendez !

Il haussa un sourcil, mais resta en place.

– Qu'y a-t-il, Néa ?
– J'aurais quelques questions... à propos de Grive. Si vous êtes disposé à en parler... ?
– Bien sûr, du moins tant que ce n'est pas trop personnel pour elle.

Et je commençai à le questionner.
À un moment, alors qu'il minimisait la mort de Fereïlyn, je me hérissai et, presque en colère, lui demandai pourquoi il disait cela. Il me répondit longuement, mais ses mots restèrent gravées au fer rouge dans ma mémoire.

« L'erreur est Humaine, tout le monde en fait ; tu en as fait et tu en referas certainement. Pourquoi Grive, elle, n'aurait-elle pas droit à l'erreur ? demanda-t-il avec un air triste. Tu sais que Loune était sa sœur, mais à défaut de te pardonner, elle a comprit quand tu lui a expliqué pourquoi tu avais été contrainte d'agir ainsi. Toi, tu aimais Fereïlyn, d'un amour tel qu'il t'a permit de tenir alors que tu étais enfermée dans les cachots de la Guilde marchombre pour y être torturée à mort. Tu sais également que ce n'est pas elle qui a choisit de t'y a emmener, mais son maître, qui depuis a trouvé la mort... de ma main... Elle n'a pas pu porter la main sur toi, alors que tu étais pieds et poings liés, parce que tes mots, comme autant de goutes d'acide, avaient creusé le doute dans l'acier de ses convictions. Auparavant, sourde de haine, d'acier et de sang, elle avait tué tous tes hommes, puis Fereïlyn... Ce qui s'appelle une erreur. Erreur qui est humaine...

Je restai silencieuse un bon moment, mâchant et digérant les informations.
Il avait cependant raison. Je savais tout cela, je ne voulais simplement pas admettre qu'elle m'avait pardonné là où j'en étais aujourd'hui encore incapable. Quoique les gouttes d'acide dont il parlait rongeaient aussi mes propres convictions... Puis je remarquai soudain un détail qui m'avait échappé.

– Pourquoi avez-vous tué le maître de Grive ?

Le mentaï eut un sourire las.

– C'est une longue histoire...

¤


    Tout a commencé lors de ma dernière excursion hors de la Forteresse.
    Il nous fallait d'autres sphères graphes pour la réalisation que les mentaïs voulaient mettre en place, et je m'étais proposé pour en dérober à la prochaine caravane qui passerait non loin d'Ombreuse. Pourquoi n'y avons-nous pas dépêchés nos subordonnés ? Tout simplement parce que la-dite caravane était escortée par deux marchombres. Mais pas n'importe lesquels, sinon nous aurions pu envoyer un détachement d'envoleurs...
    Non, il s'agissait d'un maître et de son apprentie, le maître étant une légende vivante au sein de la guilde, et son apprentie en passe de le devenir également. C'est pourquoi moi, sans fausse-modestie le plus doué d'entre nous pour l'Art du dessin, je me suis porté volontaire pour les affronter tous les deux, escorté d'une ou deux troupes de mercenaires. En me mettant en route, au fond de moi, j'espérais que l'apprentie serait encore influençable, mais au vu de sa réputation, ce n'était qu'un vain espoir...
    Finalement, mes troupes et moi-même avons attendu le passage de la caravane dans un petit bois non loin d'Ombreuse pour lui tendre une embuscade. Ils étaient sur le qui-vive, comme toute caravane dans un endroit couvert, mais ils ne l'étaient pas assez... Ils sont tombés droit dans notre piège. Nos flèches ont fusées de chaque côté de la route, devant eux, derrière eux, au sol, en hauteur, personne n'était à l'abri et, à part les deux marchombres, souples comme des panthères, tous les autres étaient morts ou blessés avant la troisième salve.
    Nous nous arrêtâmes à la quatrième, devinant que les marchombres pouvaient jouer à cela toute la nuit. Ils étaient parfaitement sur le qui-vive, eux aussi. Et bien assez tendus.
    Je sortis des fourrés, ma cape noire et pourpre et mon masque de mentaï me donnant l'air d'un démon sortant de l'ombre... Derrière moi, deux arbalétriers tenaient le marchombre en joue, et deux archers visaient l'apprentie.

    – Que voulez-vous ? lâcha l'homme d'une voix hachée, tendu comme une corde.
    – Prendre cette caravane et ce qu'elle contient. Mais maintenant que vous êtes là, vous n'allez pas nous fausser compagnie... Permettez que je vous invite tous deux à partager notre repas, ce soir ?
    Grincements de dents, bandage de muscles qui ne serviraient à rien, coups d’œils échangés entre le maître et l'apprentie... sentiment de fatalité. Il se retourna finalement vers nous.
    – Si je me livre, assurez-moi qu'il ne sera fait aucun mal à la jeune fille derrière moi.
    – Je croyais que votre devise était que les mercenaire du chaos n'étaient jamais dignes de foi ? souris-je, cynique.
    Il grinça des dents.
    – Sur l'honneur qu'il vous reste, promettez-le-moi ! gronda-t-il. Ou je tuerai au moins la moitié d'entre vous avant que vous n'arriviez à m'abattre.
    Je pris le temps de réfléchir. Il n'avait pas tord. Ne pas faire de mal à la jeune fille... oui, c'était dans mes cordes. Je pris un air grave, tout ce qu'il y a de plus sérieux, pour lui répondre.
    – Bien. Aucun mal pour ton apprentie. Autre chose ?
    – Je... non, rien d'autre..
    Il devait sans doutes s'attendre à ce que nous lui liions les mains dans le dos, et comptais voir où nous allions, puis nous tuer et s'enfuir pour donner les informations à l'empereur ou à . Je dessinai si vite et sans en avoir l'air qu'il ne vit rien venir. Bracelets et chaînes d'un acier bleuté virent couvrir ses mains, ses pieds, enlaçant son corps. Il tomba à genoux, immédiatement soutenu, ou du moins encadré, par deux mercenaires.
    Si le marchombre en fut surprit, il n'en laissa rien paraître. L'acier était indestructible, sans serrures ni rien d'autre, et mon dessin parfaitement adapté à ses poignets. Il lui aurait fallu se déboîter les pouces, mais dans cette position, et enlacé de chaînes, il ne pouvait rien faire. Il baissa la tête. Il enrageait, j'en étais convaincu, mais il ne dit rien.
    Mes hommes l'emmenèrent plus loin, sous extrême bonne garde et sous la menace de deux arbalètes, une dans son dos, une devant lui. D'aucuns auraient trouvé tant de précautions inutiles, mais ceux qui pensaient cela ne l'avaient jamais vu à l’œuvre, ni entendu ce qu'on racontait à son propos.
    Je me tournai vers l'apprentie aux cheveux rouges, qui n'avait pas bougé d'un pouce, les doigts crispés sur le manche de son poignard. Je lui tendis ma main.
    – Mademoiselle ?
    – Il a dit que... vous ne me feriez rien...
    – Oui. Mais pas que tu serais libre... Je suis désolé que nos voies soient contraires, je t'aurais sans doutes laissé repartir.
    – Comme les caravaniers que vous vous venez de tuer.
    – Ils se trouvaient entre nous et les sphères graphes.
    J'aurais presque entendu ses dents grincer. Elle rengaina son poignard à contrecœur, regardant ma paume comme un serpent prêt à mordre. Puis elle posa sa main sur la mienne.

    ¤

    Plus tard, lorsque nous arrivâmes à la Forteresse...
    – Mes amis, fis-je joyeusement (je les traitais en hôtes sans savoir pourquoi, alors que j'aurais pu les traîner dans les cachots sans attendre et sans rien devoir à personne), la Forteresse du Chaos !
    Je les vis écarquiller les yeux, l'un comme l'autre, devant les constructions des mentaïs. Toujours sans fausse-modestie, il était vrai que j'avais moi-même mit la main à la patte en ce qui concernait le Donjon Noir, ses décorations, et la grande baie vitrée dont le dernier étage était recouvert. Sans compter la Tour des Ombres, invisible d'ici...



Je l'interrompis d'un hoquet, surprise au plus haut point.
Un bon dessinateur, ce n'était rien de le dire !
– La Tour des Ombres ? C'est vous qui...

Un petit sourire, que j'aurais jugé timide si je ne le connaissais pas, étira légèrement ses lèvres.
– Oui, c'est moi qui l'ai construite... enfin dessinée.
– Entièrement ?
– Entièrement.

Des étoiles dans les yeux, je me tus, ne pouvant rien dire d'autre.
Presque pour la première fois, je regrettai de ne pas savoir Dessiner. Ce don était incroyable... mais ce qu'en faisait cet homme l'était encore plus. Je le laissai poursuivre son récit.



    Bref, nous fûmes bientôt à l'intérieur. Je fus obligé de séparer le maître et l'apprentie, mais je promis à la jeune fille de lui permettre de le revoir. En attendant, je lui trouvai une chambre, que je dû cependant verrouiller d'un dessin pour plus de sûreté.
    Puis j'allai faire mon rapport au Conseil.
    Ce que je ne savais pas, c'est que la jeune fille avait reçu il y a peu une greffe de la part du Rentaï, et que ses mains pouvaient à présent faire fondre les métaux. En mon absence, elle partit délivrer son maître. Lorsque j'arrivai aux cachots, elle était déjà en train de faire fondre les fers indestructibles que j'avais dessinés le matin-même.
    Je n'eus pas le temps d'appeler à l'aide, juste celui de tenter d'éviter le marchombre qui s'est jeté sur moi. Nous tombâmes, moi l'entraînant dans son propre élan, et ferraillâmes à terre, sans armes, moi car je n'avais pas eut le temps de les sortir, lui parce qu'il en avait été dépouillé.
    M'attendant à recevoir un coup dans le dos, je fut surprit que la jeune fille ne se porta pas au secourt de son maître. Mais elle resta bel et bien à l'écart pendant tout l'affrontement. Quand enfin je pu dessiner... eh bien, dessiner sa mort, une pique d'acier qui, sortie du sol, l'empala de part en part, je me relevai, en sang et couvert d'ecchymoses, mais prêt à livrer un deuxième combat. Nous nous regardâmes longuement sans que ni l'un ni l'autre ne fasse un seul geste, puis un léger, très léger sourire flotta sur ses lèvres. Et elle me demanda de lui parler des mercenaires.



Je haussai un sourcil.
– Et vous l'avez crut ?
Un sourire amusé étira ses traits.
– Au début non. Comme tous nos apprentis, nous attendons de les tester, bien sûr. Mais à présent je n'ai presque plus de doutes. Dois-je te rappeler qu'elle t'a ramenée de l'intérieur-même de la Guilde Marchombre ?

Effectivement. Elle n'était pas prisonnière, mais réellement mercenaire, à moins qu'elle ne soit là pour chercher des informations. Je me mordillai la lèvre, pensive.
– C'est vraiment elle qui a formulé le souhait d'aller me chercher ?

Il hocha la tête.
– Oui, bien sûr. Pour ma part, je te croyais morte, comme tout le monde ici, du moins tous ceux qui avaient entendu parler de toi.

Il m'apprit également que Grive était, ou du moins avait été la meilleure apprentie qu'ai jamais eut le maître marchombre qui l'avait guidée... qui lui, était presque une légende vivante au sein de la Guilde. Je serrai les dents. Je comprenais donc pourquoi elle m'avait si facilement mise au tapis –même si je restais persuadée que ce n'était qu'un coup de (mal)chance. Et cela n'avait pas été de chance non plus, de me faire prendre en chasse par un pareil prédateur... vraiment pas de chance...



[size=18]III – Descriptions :


Description physique
Et à présent me voilà, quelques mois plus tard, à peine.
Je me suis trouvée une jolie armure de cuir noir, simple et sans fioritures, dotée d'attaches en cuivre vieilli –mais non moins solide. J'ai aussi retrouvé mes plus vieilles amantes : mes lames. Mes deux sabres, que j'ai soigneusement accrochés derrière mes omoplates, et mes deux dagues à mes côtés. J'ai également renfloué ma collection d'objets tranchants et/ou utiles, sans compter les poisons et autres potions, que j'ai aussitôt rangés dans les nombreuses poches de ma nouvelle veste couleur anthracite (j'adore ça, les nombreuses poches ! ...mais je m'égare).

Mes cheveux violets, courts dans mon enfance et adolescence, ont largement poussés pendant les deux dernières parties de ma vie –même si mon emprisonnement ne les avait pas forcément incité à s'allonger. En fait, je n'ai plus dû les couper depuis la mort de Loune ; ils sont donc relativement bien fournis, et j'aime à en tresser quelques mèches, en général deux ou trois, bien que je n'ai certainement pas la patience nécessaire pour tresser la chevelure entière !


En outre, elle possède des yeux vifs et d'un marron chocolat, un visage à la fois poupin et fin, un corps musclé, souple et délié, aux attaches fines mais capable de courir sur des lieues et des lieues.

Description psychologique
Néa est une jeune femme... complexe.
Et le mot est faible. J'aurais pu dire bipolaire même, si elle n'avait pas seulement deux pôles mais plusieurs ! Un exemple ? Elle est capable de passer des heures assise dans l'humus de la forêt, cœur et esprit apaisé, à sculpter une jeune pousse, l'aidant à grandir, à se développer... comme elle est capable d'assassiner un groupe de gens de sang froid, quelle que soit leur nombre, leur âge, leurs identités dont elle se moque, et ce sur un simple ordre ainsi que sans la plus petite justification.

Comme vous l'aurez peut être comprit, elle préfère les femmes aux hommes, même si elle ne craint pas particulièrement ceux-ci. Elle ressent simplement un peu de dégoût pour eux. Mais cela ne l'empêcherait pas d'avoir des amis de la gent masculine... pour autant qu'un mercenaire puisse avoir des amis.


Autre :
Merci de votre lecture et bravo pour le courage !

HJ: Ou avez-vous connu le forum?
(cf première fiche) Wink[/i][/i]


Dernière édition par Néa Allendris le Dim 15 Sep - 9:58, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Dim 15 Sep - 18:54

PREUMS ! Niark niark niark !

Elle est folle, complètement folle cette nana... Mais on l'aime bien au fond Razz
Que dire ? Un mot de bienvenu serait inutile. Et qualifier cette fiche de méga supra génialissimement réussie, parfaite, risquerait de te faire prendre la grosse tête (a) bien que tu saches déjà ce que j'en pense ;x Amuse-toi bien.

I love you

(Fichtre, ça me donne envie de faire une Alvarienne ><)
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Orion Naar
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Dim 15 Sep - 22:15


Votre présentation a bien était prise en compte.


Effectivement il m'a fallu prendre mon courage à deux mains ! Mais c'est pour au final te dire (et on s'en doute tous) qu'il n'y a aucun soucis et bienvenue !

Concernant les Envoleurs :

Je pourrais mettre "Mercenaire du chaos" en nom de Groupe, sauf que cela voudrait dire que je dois donc aussi mettre Legion noir et Dessinateurs, chose que je n'ai pas envie de faire, car je ne souhaite (pour le moment) qu'introduire les Envoleurs VS les Marchombres !


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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Lun 16 Sep - 0:09

Anna> *.* merci mon ange ! Et je vais essayer de ne pas attraper la grosse tête Razz

Orion> Je vois ! ^^
Ben, ça veut dire que tu ne peux pas ajouter Néa au groupe Envoleur alors.. =/
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Lun 16 Sep - 0:16

@Néa Allendris a écrit:


(Oui, en effet, je mets l'histoire avant les descriptions ; eh, c'est mon droit ! Razz)
Non ce n'est pas ton droit mais je laisse passer.

Et puis si tu peux garder ton statue de Mercenaire. Je veux surtout éviter les Mentais pour pas être obligé d'introduire les Dessinateurs ...

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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Lun 16 Sep - 6:06

Et ton nouveau perso il mange plus de renards ? Laughing
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mar 17 Sep - 6:21

Rolling Eyes
si on peut plus faire ce qu'on veut, où va-t-on...

Oui, t'inquiète, j'avais bien comprit que les dessinateurs n'étaient pas encore acceptés, et donc les mentaïs aussi ^^

Ah... =/ c'est bête, du coup on va la prendre pour une envoleuse... enfin bon, tant pis ^^


Rodan> Non, elle mange pas les renards, cette fois ! xD
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mar 17 Sep - 8:45

A la fois les familles et les clans sont clairs, si tu créer quelque chose qui est a coté de la plaque c'est ton propre risque Wink

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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mar 17 Sep - 9:16

Je ne suis pas à côté de la plaque Rolling Eyes tu as créé les marchombres et tu avais dit que tu créerais les mercenaires Rolling Eyes en plus si c'est qu'une seule partie des mercenaires ça sert à rien.. Mais ok, je me tais, chef vénéré Razz
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mar 17 Sep - 9:26

On aura l'occasion d'en rediscuter, mais pas ici Wink

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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mar 17 Sep - 9:38

Néa > rectification, je ne peux plus être ton ange du coup Razz

Rodan > Moi si. Toujours. Et toujours bien dorés avec de la crème et des champignons...
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Néa Allendris
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles... Mer 18 Sep - 1:55

Orion> ok !

mon ange> ... XD
(et si d'abord, t'es quand même mon ange, peuh !)
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MessageSujet: Re: Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles...

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Quand le côté obscur envahit les coeurs et les esprits les plus faibles...

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