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De la Musique pendant que tu Ecris ?
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Armure de graisse, équilibre d'un songe, vie. [Zia]

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Zia Folhtan
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MessageSujet: Armure de graisse, équilibre d'un songe, vie. [Zia] Ven 14 Mar - 13:47

HS :
Spoiler:
 



I – Identité

Nom :Fohltan
Prénom : Zia
Age: Dix huit ans, une année de majorité européenne presque écoulée, effleurant du bout de ses doigts une dix-neuvième année d'existence.
Famille/Clan :Le clan Folhtan, un clan éradiqué par le temps et l'Histoire.
Nationalité : Thül

II - Descriptions :

Description physique : 7 lignes minimum

Description de caractère : 7 lignes minimum

III - Histoire :
Histoire : 15 lignes minimum



    « Qui es-tu ? »

    Dans le vent, le murmure soulève les promesses que ma vie d'avant n'auraient pu voir réaliser si je n'avais décidé de m'engager dans ces chemins où rien n'est plus jamais sûr. Il effleure et soulève les mèches sombres qui viennent effleurer mes joues rondes, pendant que je laisse un sourire s'étirer sur mes lèvres. Doucement, la nuit répète sa question. L'interrogation de mon âme, qui s'offre à la plénitude de l'instant. Qui es-tu ?

    « Je suis marchombre. »

    Et ce dernier mot résonne en accord avec le maître-mot qui s'offre dans mon esprit.
    Liberté.

    (…)

    « Zia, bouge ton cul, grosse vache, bordel ! »

    Imprécation de ma sœur qui me bouscule dans le couloir, frappant avec son épaule contre mon bras, m'envoyant frapper le porte-manteau qui est accroché au mur, et qui réduit nettement la possibilité de passage du couloir. Je me retourne en frottant mon épaule endolorie, hésitant vaguement à l'idée d'insulter Coralie. De trois ans ma cadette, elle ne se fait pourtant pas avare lorsqu'il s'agit de me blesser, vexer, ou m'humilier. Une haine  et un mépris sans égard brillaient dans mes yeux à chaque fois que son nom était mentionné, plus encore lorsqu'il était mis en relation avec le mien. Coralie et moi ne nous ressemblions pas. Là où je n'étais que courbe et graisse, elle était finesse et muscle. Ses beaux cheveux blonds et ses yeux à la couleur si tendre hurlaient la différence à mes boucles brunes qui ciselaient un visage dans lequel étaient implantés des yeux au regard vert sombre, nocturne et éteint. Là où elle avait l'éloquence et la vulgarité, je n'avais que le silence et le mépris hautain de mes yeux qui fusillaient. Je n'étais pas lâche. J'étais faible. Le genre de personne faible à se reconstruire assez de fois, à se remettre debout assez de fois pour que l'on ait envie de continuer à leur marcher dessus.  Je ne me considérais cependant pas comme malheureuse. Mais à quinze ans, lorsque l'on possède ces dix kilos de plus, et que dans votre cercle familial, personne ne fait taire votre petite sœur qui s'évertue à vous rappeler à quel point, aux yeux de la société, vous n'êtes physiquement qu'une motte de beurre qui dégouline sous des vêtements trop amples, la vie me paraissait dure.

    Je n'avais pas exactement quinze ans, le jour de ce souvenir là. Quatorze ans et six mois serait peut-être plus précis, mais considérons que pour le moment, ce détail est futile.

    Dépassant l'idée de me venger de ma sœur en courant vers elle pour la frapper, sachant pertinemment que je me ferai punir à sa place en raison de ma position d'aînée, je retournais simplement dans ma chambre, les lèvres pincées. Je me retenais aussi pour une autre raison à laquelle je ne voulais pas penser. Pas tout de suite. Passant devant un miroir, je jetais, par automatisme, un coup d'oeil à mon reflet. Au reflet de mes hanches, plus précisément. Informes, gigantesques, elles étaient ces monstres de chair qui faisaient parti de moi. Je détestais mon corps. Je détestais mon corps et sa capacité à s'étendre en des amas de graisse dès que je décidais de manger une part de gâteau de trop. Je détestais mon corps et ses formes trop prononcées. Mes seins flasques, énormes, mes cuisses collées entre elles, et mes joues difformes. Je détestais mon corps et cette impression que je dégageais. Je détestais être laide, en comparaison à Coralie et son sourire goguenard dès qu'elle me surprenait à me regarder dans la glace. Je détestais mon corps, car il était mon propre ennemi.

    Je m'asseyais sur le lit, arrachant mes chaussures, les envoyant frapper le rebord d'un mur, et m'écroulais sur mon lit, les bras en croix. Il n'y avait pas que la crainte d'être engueulé par les parents, qui ne m'avait pas fait frappé Coralie. Il y avait aussi cette limite que je m'imposais. Cette limite du sang. J'étais violente de nature. Une violence des poings, qui exaltait lorsque je m'énervais, et qui tournait souvent de simples disputes de cours de récré en des massacres qui m'avaient trop de fois, dans le passé, causés des ennuis pour que je n'apprenne pas à me méfier de moi-même. J'étais violente. Ultra-violente était peut-être plus exact encore. Quiconque m'irritait méritait, selon mes instincts, de finir la face explosée contre un mur, contre le sol ; peu importait du moment où j'avais la satisfaction d'entendre ses os craquer et le sang couler.

    Cette ultraviolence, j'avais pris conscience de son danger le jour où l'on m'avait prévenu que si je recommençais, je finirais devant un juge pour enfant. Cette ultraviolence, si elle faisait parti de moi, restait cette ennemie, que comme mon corps, mon esprit exécrait. Je ne voulais pas y céder, dans la lucidité des moments de calme, mais lorsque, comme quelques minutes plus tôt, on me provoquait en visant mes points faibles, en particulier mon physique disgrâcieux, je freinais avec difficulté ces pulsions qui m'ordonnaient d'aller déchiqueter le corps de mes adversaires. Mes parents m'avaient envoyés chez des psys, mais rien n'avait été très utile, selon moi.

    Je voulais changer.
    Et je répétais cette phrase comme une pauvre imbécile, observant mon corps adolescent avec une mentalité collégienne effarante. Je ne me rendais pas compte d'à quel point cette phobie que j'avais développé pour cette graisse qui était mienne était dangereuse. Je ne me focalisais que sur une seule chose ; j'étais une grosse vache.

    (…)

    La grosse vache était présentement en train de courir dans un parc, lorsque l'évenement le plus important de ma vie déchira mon quotidien malheureusement trop banal pour que je ne l'accepte. J'étais le genre de fille qui adorait lire, qui adorait écrire, qui adorait aller sur Internet pour m'accrocher à ces drogues virtuelles du besoin d'échappatoire, de divertissement. Je dévorais les livres la nuit, cachée sous ma couverture avec cette lampe de poche qui est notre alliée, lorsque nous cherchons un peu à oublier notre vie « réelle ». Et je désespérais d'être un jour un de ces héros qui jalonnait mon imaginaires ; si forts, si combattants, si chanceux d'avoir à vivre des vies telles que les leur. C'était le double tranchant des livres : faire rêver pour mieux faire mal. Faire se rendre compte au lecteur qu'il lisait la vie d'un être hors du commun, et que lui ne l'était pas, hors du commun. J'aimais les livres. Je détestais ne pas être une héroïne. Une vie fictive, écrite pour moi, m'aurait beaucoup plu. Je ne m'en serais jamais aperçu.

    Je courais, seule. Le sentier que j'empruntais était désert. Les arbres ne défilaient pas ; mes foulées étaient gauches, lourdes, épuisées, et je suais comme une locomotive, mes joues rougies par l'effort.
    Et puis, il apparut. Comme ça, devant moi, en plein milieu du chemin, de nulle part. Sous le choc, je  lui rentrais dedans, ma tête venant frapper son poitrail armé, et mon nez vint craquer contre le métal. Il poussa un cri grave, je poussais un hurlement suraiguë, tombant en arrière, sur les fesses, dans la poussière. Lui, il posa des yeux stupéfaits sur moi, et je fus minuscule.

    Il était gigantesque.
    Un géant brun, aux tresses éparses à travers sa crinière folle, en armure, me contemplait du haut de ses deux mètres dix, et de ses cent vingt kilos de muscles. Torpeur éveillée, mes mains plaquée contre mon nez en sang, je le fixais sans douter une seule seconde de ce que je venais de vivre, sans douter une seule seconde que cet homme venait d'apparaître de nulle part, sans douter une seule seconde que la hache, l'épée, les poignards et l'énorme bouclier qu'il portait n'étaient pas des armes réglementées par notre société. Cet homme ne venait pas d'ici. Je n'en doutais pas une seule seconde. Il se pencha sur moi, et je couinais. Couinais comme couine un animal effrayé.
    J'étais un animal terrifié.

    Il était gigantesque. Il n'y avait personne autour de nous. Et il se pencha sur moi, alors je compris qu'il allait me dévorer. Ou me décapiter. Ou m'écraser contre le sol. Ou...

    « Allons, moineau. Est-ce que tout va bien ? »

    Sa voix de stentor avait ces intonations douces, roulantes, mais douces. Des intonations chaudes, rassurantes. Des intonations qui me firent le regarder avec une stupéfaction plus importante encore que lorsqu'il était apparu. Il parut inquiet, face à mon silence, et dans un mouvement sidérant, dans un mouvement qui défia toutes les lois de pesenteur de ce monde, il plia les genoux, pour être à ma hauteur.
    Avec son armure, ses armes gigantesque, son poids énorme, il plia les genoux !
    J'écarquillais les yeux à m'en faire mal.

    « Allons. Ecarte tes mains, que je vois-ça. Ça fait mal, non ? Est-ce qu'il est cassé, ou ça saigne juste beaucoup ? »

    Avec une dextérité à rendre jaloux mon ami pianiste, il fit courir ses doigts sur l'arrête de mon nez, et la cloison nasale, ses phalanges se promenant sur les rebords de mes narines, tâchant sa peau du rouge de mon sang. Je restais éberluée. Complètement éberluée. Il se permit un sourire qui illumina ses yeux sombres.

    « Ça n'a pas l'air cassé. Est-ce que ça va ? »
    « … Je … je crois. »

    Il éclata d'un rire tonitruant.

    « Tant mieux ! Ce n'est pas comme si une Thül était faite en sucre, n'est-ce pas ? »

    Que racontait-il ? Mes prunelles décrivèrent une parabole, abandonnant ses yeux pour revenir à ses doigts, avant de se replonger de nouveau dans ses yeux. Il était entre deux âges. Jeune, mais plus enfant. Mûr, mais pas vieux. Il était de ces garçons qui avaient vieillis trop vite. Bien trop vite. Il n'avait pas le moindre poil sur le visage, cependant. Vaguement, un sourire apparut sur mes lèvres. Il me tendit la main, et sans hésiter, je lui offrais la mienne. Il me releva comme on soulève une plume. Sans effort. Sans que j'ai l'impression que mon corps ait pesé quoique ce soit.

    « Je … Qui êtes vous ? »

    Il sourit.

    « Je suis Drek Mornan, j'appartiens au clan Mornan, l'un des plus puissantes famille thül  de l'ouest, moineau ! Tiens-toi le pour dire. »

    Il est amusant de constater que dans d'autre situations, cela aurait peut-être porté à sourire, devant cette fierté si profonde qu'avait Drek à se présenter. D'aucun ne se serait permis de considérer cela comme véritablement de la prétention, mais n'importe qui aurait eu ce petit sourire un peu moqueur, un peu exaspéré, peut-être, ne serait-ce que mentalement. Ce jour là, je me le tins pourtant pour dire. Sans savoir pourquoi, sans savoir si c'était logique, mon monstre de muscle et d'armure devint à partir de cet instant là le guerrier le plus impressionnant que je rencontrais. Le premier, aussi.
    D'une voix sourde, je crus bon de répondre à la salutation.

    « Je suis Zia Folthan. »

    Il eut ce sourire doux. Son poing se tendit, comme une invitation, et après une seconde durant laquelle je me demandais ce qu'il convenait de faire, je vins effleurer le sien par mon propre poing.

    « Je sais. Je suis venue te chercher, moineau. »

    (…)

    Il y a des histoires comme ça.
    Qui déracinent complètement ce que l'on pensait notre réalité. Des histoires qui font aussi bien qu'elles font du mal. Des histoires qui confrontent à une vérité que l'on ne pouvait pas penser nôtre. La mienne ressemblait à un puzzle complètement éparpillé, désormais. Je ne savais plus tellement à quoi ressemblait le dessin original tellement les pièces étaient mélangées et fichues les unes sur les autres, sans logique.

    Une adoption. Une fuite. Un autre monde. Des parents différents. Un clan. Un univers. Trop de chose. Trop de chose. Vraiment, beaucoup trop de choses.

    Drek me fit découvrir, grâce à un pas sur le côté, la vérité de la Gwendalavir, parallèle à ce monde dans lequel j'avais grandi. Il m'y emmena sans me poser de question, sans savoir si je voulais rester avec mes parents adoptifs. Il m'emmena simplement. Je n'eus pas le temps de dire « non ». Je ne sais pas si j'en eu aussi la force. Il m'apprit à accepter le fait que ce monde existe. Il m'apprit que mes parents étaient deux individus originaires d'un clan vieux, très vieux, mais sans véritable histoire, et que, tués dans une expédition qui avait fait franchir à plusieurs Thüls des monts escarpés, j'étais resté l'héritière d'un clan effacé. Et parce que mes parents étaient morts sans honorer leur devoir, parce que le respect à la tradition était sacrée chez les Thüls, j'avais été considéré comme devant répondre des actes de ceux qui, avant moi, n'avaient pu honorer leur nom. Drek m'expliqua que j'avais été banni 15 ans du village, mais que suite à une erreur de procédé, sans que l'on parvienne vraiment à expliquer la bourde, au lieu de la destination finale prévue, je m'étais retrouvée dans ce monde parallèles que les Alavariens connaissaient déjà. On avait estimé que mon sort n'était pas plus mal ; et que je vivrai mon ban ignoré quinze ans sur la Terre, et que l'on reviendrait me chercher quand la sanction de mes parents, qui m'incubait, serait dissipée. Cette histoire, si elle me terrifia, me fascina. Je n'éprouvais ni honte ni colère, mais surprise et émerveillement devant ce récit que me fit Drek, au coin d'un feu, à manger de la viande de siffleurs. Il me fit monter à cheval, m'expliquer que le pas sur le côté qu'il avait utilisé pour me rejoindre avait été effectué grâce à un mécanisme prévu à cet effet, par un dessinateur qui avait accepté de prêter ses services au village natif responsable de mon jugement enfantin. Je passais plusieurs jours à questionner Drek sur ce village, passionnée par le moindre détail ; découvrant aussi les joies douloureuses de l'équitation, puisque nous n'avions finalement pas d'autre moyens pour nous déplacer. Les fesses en compotes, le dos bloqué et raidi, j'apprenais néanmoins jour après jour à ouvrir les yeux sur l'immensité d'un monde merveilleux.

    Gwendalavir.
    Mon échappatoire superbe. Inespéré.
    Ma liberté.

    « Drek ! Tu crois que j'aurais un cheval à moi, un jour ? »
    « Si tu as assez d'argent pour t'en acheter un, évidemment. »

    « Drek, dis ! Est-ce que mon père était aussi gros que toi ? »
    « Je ne suis pas gros, espèce de microbe. »
    « Je plaisantais, Drek ! Et, dis. Ma mère. Tu sais à quoi elle ressemblait ? »
    « Ta mère était un peu plus petite que les autres femmes, à ce que raconte mon père. »
    « Ton père connaissait ma mère ? »
    « Oui. Elle l'a défié dans un combat singulier, une fois. »
    « Oh ? »
    « Et elle l'a perdu. »
    « Ah. »
    « … Mais mon père n'est pas ressorti intact de l'affrontement. Elle a piétiné son amour propre. »
    « Hahaha, vraiment ? »
    « Et c'est aussi comme ça qu'elle a rencontré son mari. Klom Folhtan. C'était le cousin de mon père. »
    « Oh ? Nous sommes parents, Drek ? »
    « Oui, moineau. »
    « Dis, Drek ! Est-ce vrai que l'Empereur Sil'Afian est très vieux ? »
    « Qui t'a dit cela ? »
    « Un des enfants, lorsque nous avons traversé une des fermes, en longeant le Pollimage. »
    « L'Empereur n'est pas très vieux. Pas assez pour devoir laisser sa place à un héritier. »



    « Drek ? »
    « Oui moineau ? »
    « On arrivera bientôt ? »
    « Pourquoi ? »
    « Je veux me regarder dans un miroir. J'ai du perdre vingt cinq kilos depuis le début de ce voyage. »

    Rires.



    « Drek ? »
    « Oui ? »
    « Est-ce que je reverrais ma famille adoptive ? »

    Silence.

    Le temps passe.
    Le temps efface.
    Et s'il n'efface pas, il guérit.
    Doucement.

    (…)


    Quatre mois passèrent.
    Quatre mois éternels, intemporels, durant lesquels je m'offris complètement à la Gwendalavir. Une acceptation totale de ce que j'étais, de ma nouvelle identité. Quatre mois durant lesquels je me découvrais une nouvelle famille : les Thüls de l'Ouest. L'honeur de mes parents ayant été lavé par mon ban, j'étais libre de toutes dettes, vierge comme un canevas blanc, et prête à découvrir toutes les couleurs de cet univers. J'apprenais à déployer cette force de mes coups, de mon ultra-violence, pour la transformer en une force de combat, une force de frappe qui jetait au sol mes adversaires, mes compagnons, mes nouveaux amis. J'appris à me battre, et mes cuisses se décollèrent. J'appris à me battre, et mes triceps gonflèrent. J'appris à me battre, et la graisse fondit. Petit à petit, mon corps, ce corps que la Terre avait voulu transformer en un morceau de beurre, une chair ingrate, devint la silhouette de ce que je me retrouvais être. Une Thül. Les femmes du village m'apprirent nos traditions, et les hommes me firent me battre. J'appris à monter à cheval, à soulever des poids, à les jeter les plus loin possible. J'appris aussi, n'en déplaise à mon ancienne éducation, à me comporter comme une véritable rustre. L'enfant silencieuse et méprisante que j'étais devins une brute souriante, capable de flanquer une raclée à ses camarades, capable de boire à la bouteille, capable de s'assumer. Complètement. J'étais Thül. Thül. Cette appartenance, ce mot, il avait la saveur d'un gâteau au miel, d'une caresse dans ma tête. Je l'aimais, je l'aimais.
    Je l'aimais à en oublier d'être.
    Je l'aimais au point de ne devenir plus qu'une caricature de ce qu'était un Thül. Exacerbée, poussée dans mon besoin d'être aussi forte qu'eux, j'en oubliais ma véritable personnalité. Je riais, crachais, frappais, me moquais, méprisait, insultais. Et peu à peu, je me perdis, m'enfonçant dans ce besoin de ressembler à tout le monde. De ressembler à une Thül.

    Je le compris tard. Trop tard.

    Aussi forte étais-je, aussi musclée étais-je devenue, aussi moqueuse et bravache étais-je désormais, il y avait quelque chose qu'un Thül savait par définition, et que je n'avais jamais considéré. Un Thül ne fait pas que se battre pour démontrer sa force. Naturellement, il en va de sa nature, et nous ne pouvions que trop démontrer cela aux Frontaliers. Mais j'oubliais l'essentiel. Un Thül défend le sein de l'Empire.
    Un Thül se bat pour protéger Gwendalavir.

    Et un Thül, des fois, peut être tué.

    Ses camarades ne ramenèrent pas le corps de Drek Mornan. Ils déposèrent devant son père son énorme hache, fendue dans toute sa largeur. Agenouillés, ils racontèrent le dernier exploit du fils Mornan. Racontèrent comment les Raï avaient submergé la caserne de défense que Drek et ses hommes devaient surveiller, pour une simple mission d'escouade. Ils racontèrent comment Drek combattit. Comment, au milieu de ses chants de guerre, les flèches plurent sur son corps, et comment il continua à bouger, dans un ballet mortel. Ils racontèrent comment, jusqu'au dernier souffle, il massacra, piétina les guerriers cochons, explosant leur chair sur le sol, et comment, finalement, ses adversaires, comprenant qu'il ne reculerait pas, firent tomber en ruine la caserne sur lui. Il mourut, écrasé par les fondations gigantesques du bâtiment. Il mourut, en plein milieu de ses chants thüls, sans jamais s'arrêter. Ils racontèrent comment, arrivant en renfort, ils découvrirent le massacre, et comment ils tuèrent les derniers guerriers cochons ; comment ils arrachèrent le corps de Drek aux débris, et comment le bûcher qu'ils dressèrent, pour Drek et pour ses hommes, fut à la hauteur de leur dernier combat.

    Ourg Mornan, le père de Drek, ne parla pas, ce soir là. Il baissa simplement la tête, et tous respectèrent son silence. Il prit entre ses deux mains la hache fendue, et se détourna simplement, pour rentrer chez lui. Il n'y eut pas de fêtes, ce soir là, dans le village. Juste le constat pesant du vide.

    Et mes pleurs qui brûlaient mes yeux.

    Pourquoi la mort ?
    Pourquoi la mort, quand nous étions le peuple le plus puissant de Gwendalavir ?

    « Pourquoi pleures-tu, petite fille ? »

    La voix provenait du vent, de la nuit. Les yeux pleins de larmes, méprisant la prudence, je m'étais enfoncée dans la forêt, pour chercher la solitude, pour chercher le réconfort. Je n'avais trouvé que la souffrance et l'hébétude de l'absence. Et puis cette voix. J'avais levé les yeux, à la recherche de qui avait parlé.

    Il était assis sur la branche d'un arbre, ses jambes repliées, ses bras détendues, posés sur ses genoux, son visage arborant un air flegmatique, profondément las, presque ennuyé. Mais ses yeux brûlaient, comme les miens pleuraient. Ses yeux murmuraient comme les miens hurlaient. Je ne savais plus, je ne savais pas, et la souffrance était intolérable. Inconnu, silencieux, âme de la nuit elle-même, il fut pourtant celui à qui j'avouais ma souffrance, ma honte d'avoir cru être quelque chose qui me dépassait. Ma terreur de la mort, ma terreur de l'absence, de l'abandon, du manque, de la solitude. Ma peur. Ma peur de n'être absolument pas forte. Ma terreur de n'être rien d'autre qu'une chose faible.
    Cette nuit là, je rencontrais Asayo.
    Cette nuit-là, je rencontrais la voie du Marchombre.

    (…)

    « Plus souple, jeune apprentie, plus souple. »

    Je renâclais, tirant sur les muscles de mes cuisses avec l'impression d'avoir du béton à la place des jambes, et au prix d'un effort monumental de volonté, je m'élevais d'un mètre de plus sur cette fichue alcôve recourbée que je devais grimper à l'envers. Asayo étudiait mes mouvements, soupirant face à mon manque absolu de douceur et de subtilité. Il avait déjà constaté de ce fait lorsqu'il m'avait demandé de me battre, que ce soit contre lui, ou contre les brigands armés qu'il s'amusait à mettre en travers de mon chemin. S'il n'était pas très bon diplomate, et si sa manière d'enseigner laissait un peu à désirer, Asayo était le chemin.
    Le chemin vers la vérité. Vers la liberté. Marchombre.
    J'embrassais la voie, m'explosant la face en trébuchant sur le chemin à chaque difficulté, mais j'embrassais la voie, et je me relevais mille fois pour toujours avancer. J'embrassais la voie, je découvrais cette manière d'exister non pas au travers d'une ressemblance, d'un moyen de s'accrocher à la vie, mais par ce sentier que j'avais choisi pour moi. Marchombre. Cette liberté qu'Asayo m'avait murmuré à l'âme, je la réclamais de tout mon être. Libre. Liberté. Voilà ce que je voulais. Ne plus être cette enfant que l'on bannissait pour l'honneur. Ne plus être cette enfant que l'on enlevait, sans un au revoir, à sa famille adoptive, parce que celle ci n'était rien, ne représentait rien aux yeux des Thüls. Je voulais être moi. Absolument moi.

    « Zia. »

    Je grognais, exaspérée. Pas par lui, mais par moi et mon incapacité à être souple. Fichu corps à la con de …

    « Zia. »
    « Je vous écoute. »
    « Je voudrais te présenter au Conseil. »

    La douleur de mes jambes disparue, brusquement. Il avait cet air flegmatique habituel, sur le visage. Cet air passablement ennuyé qu'il avait toujours. Mais il souriait.

    « Alors veille sur toi. Veille à ce que je t'ai dis. Et progresse, ma jeune apprentie. »

    Sans un bruit, il disparut. Je serrais les dents, et abandonnant complètement l'idée d'efficacité, je me concentrais totalement sur la souplesse de mes mouvements.

    (…)

    Un nouvel apprenti se présente. Maintenant.
    Doigts d'Asayo qui effleurent mon dos. J'avance. Le porte-parole du Conseil lit en moi, et ses questions deviennent un courant de vie dans lequel je me laisse d'abord emporté, affolée, puis, doucement, je reprends pieds, je capte l'énergie, la vitalité, et mes réponses deviennent les échos à ses questions. Il questionne, et je joue dans la rivière des mots qu'il m'offre. J'ai oublié la sauvagerie du Thül qui court sur son adversaire pour l'écraser de son être. Je respecte. J'écoute. Et je m'adapte pour plonger dans le rythme de l'autre. L'accompagner. Le sourire de l'homme ponctue ma victoire.

    L'Ahn-Ju est ce miroir dans lequel je me regarde. Es-tu encore ce que tu n'as jamais voulu être, Zia ? Les juges observent, notent, et j'agis. Mouvement, complémentarité. Liberté. Je chancelle, je titube plusieurs fois, mais toujours, mes doigts accrochent cette vérité. Liberté. Liberté. Je suis libre. Et l'être libre ne s'écroule pas. Je dépasse l'Ahn-Ju. Je suis libre.

    (…)

    Le Murmure est un fredonnement. Doux. Tendre. Le Murmure est une caresse qui remplit mon âme.
    Et je suis apaisée. Complètement calme. Je grimpe en silence, en utilisant force et souplesse.
    Passé et présent. Avenir et éternité. J'avance.
    Liberté.

    Le Murmure a atteint son apogée.
    Le noir.  Mon âme. Le Rentaï.
    Tous les os de mon corps.
    Ils explosent.

    Je hurle.

    (…)

    Solitude sur le chemin du retour.
    Buissons qui se déchirent sur des créatures immondes venues de mes cauchemars. Une mâchoire se referme sur moi. J'explose. J'explose littéralement, et mes os transpercent le crâne du Tigre des plaines. Il tombe raide mort, je roule au sol, molle, flasque, et pourtant si tranchante, pourtant si hérissée. Mes os sont ces épines qui sortent de mon corps, de ma peau, déplacée de leur structure, qui me font me contempler dans cet état hybride entre le liquide et le solide. Je contemple.
    Greffe.

    (...)

    « Asayo ? »

    Il ne répond pas.

    « Asayo ! »

    Son air las est, une demie seconde, remplacé par un air mélancolique. Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête. Attachée à ce pieu que je traîne, je marche dans ce désert, en trainant le poids de mon corps, mes mouvements altérés par les cordes qui me bloquent la respiration. Je ne comprends pas. C'est douloureux. Ce n'est pas comme ça qu'un marchombre doit vivre. Doit bouger. Doit se déplacer. Doit respirer. Doit être. Ce n'est pas comme ça.
    Je pleure.



    Je suis marchombre.
    Peu importe le poids de mon corps.
    Je suis marchombre.

    « Tu es libre. »

    Je pleure.

    Le monde est terriblement lourd.
    Et mon âme devient tellement légère.

    (…)

    Assise sur le faîte d'un arbre, pieds joints, mains posées sur les rotules, si lourde et si légère à la fois, j'écoute la nuit.

    « Qui es-tu ? »

    Dans le vent, le murmure soulève les promesses que ma vie d'avant n'auraient pu voir réaliser si je n'avais décidé de m'engager dans ces chemins où rien n'est plus jamais sûr. Il effleure et soulève les mèches sombres qui viennent effleurer mes joues rondes, pendant que je laisse un sourire s'étirer sur mes lèvres. Doucement, la nuit répète sa question. L'interrogation de mon âme, qui s'offre à la plénitude de l'instant. Qui es-tu ?

    « Je suis marchombre. »

    Et ce dernier mot résonne en accord avec le maître-mot qui s'offre dans mon esprit.
    Liberté.

Autre : J'ai tout dit en HS. Je ne demande qu'à être encore plus heureuse avec vous.

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MessageSujet: Re: Armure de graisse, équilibre d'un songe, vie. [Zia] Sam 15 Mar - 0:20


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Armure de graisse, équilibre d'un songe, vie. [Zia]

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